Paris: Suicides, accidents et punaises… Les mal-voyants de l’hôpital des Quinze-Vingts s’insurgent

HOPITAL Appartenant à l'hôpital des Quinze-Vingts (12e), la résidence Saint-Louis végète dans l’ombre entre insalubrité et flou juridique. Ses habitants, en majorité non et mal-voyants, tirent la sonnette d’alarme…

Romain Lescurieux

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Aveugle, Jean-Claude vit dans la résidence depuis onze ans

Aveugle, Jean-Claude vit dans la résidence depuis onze ans — R.LESCURIEUX

Des gaines électriques apparentes, une porte désossée au bas d’un escalier, une poubelle à même le sol ou encore des paillassons adhésifs anti puces de lit devant des portes d’entrée.

Un paillasson anti puces de lit
Un paillasson anti puces de lit - R.LESCURIEUX

Au sein de l’hôpital des Quinze-Vingts, la résidence Saint-Louis située en plein cœur de Paris, dans le quartier Bastille (12e arrondissement) n’en finit pas de se décomposer. Au point d’en devenir « invivable » pour près de 200 personnes - pour la majorité non ou mal-voyantes - qui y habitent. « La direction de l’hôpital n’en a rien à faire de nous. Nous sommes la dernière roue du carrosse », déplore Jean-Claude Mion, 70 ans, aveugle et vivant ici depuis onze ans.

« Des accidents » et des « suicides »

A côté d’une fenêtre donnant sur des salles hospitalières abritant des technologies de pointe concernant le domaine ophtalmologique, Martine Fougeray-Caboche s’agace. « Ici, nous avons des gros problèmes de fuites d’eau, d’hygiène avec une présence de souris et de rats. Et il n’y a jamais eu un seul coup de pinceau », détaille cette femme retraitée. Depuis 30 ans qu’elle vit à Saint-Louis, elle n’a constaté aucune amélioration et pointe du doigt un établissement vétuste et devenu « dangereux » pour un public handicapé.

« Actuellement, ils changent les vielles baignoires de certains appartements, parce qu’il y a eu des accidents. De nombreuses personnes âgées sont tombées », poursuit la représentante des résidents qui souhaite « vivre dans Paris comme tout le monde ». Elle alerte également sur un malaise globalisé débouchant sur des drames. « Au moins quatre personnes se sont suicidées par défenestration depuis 2013 », dit-elle. Une des raisons évoquées par Jean-Claude : « Un phénomène d’isolement avec un stress supplémentaire face à des loyers qui augmentent chaque année », note ce représentant des locataires de la résidence nommé par l’association CLCV (Consommation Logement et Cadre de Vie).

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Il y a quelques mois, la direction de l’hôpital a en effet annoncé une augmentation des charges de 10 % finalement rabaissée à 3 % pour l’année 2017. En famille, seul ou en couple avec des enfants, de nombreuses personnes vivent pourtant à Saint-Louis avec les minima sociaux et déboursent 500 euros charges comprises pour un 28 m². Ou encore 834 euros pour un 56m2. Pourtant, il ne s’agit à aucun moment d’un paiement de loyer mais d’une « redevance ».

« On peut nous mettre dehors à tout moment »

« Il y a un flou sur notre statut », insiste Martine. Si les panneaux d’évacuation dans les couloirs – qui ne sont pas en braille - indique des « chambres », les habitants de Saint-Louis ne sont pas des patients. Et ils ne sont pas à proprement parler « résidents ». « Nous n’avons pas de bail. Nous avons juste une "décision d’admission" délivrée par la direction des Quinze-Vingts », rembobine-t-elle.

Le plan de la résidence indique des «chambres»
Le plan de la résidence indique des «chambres» - R.LESCURIEUX

« En contrepartie » de cette admission, la personne donne donc un dépôt de garantie et chaque mois « une redevance déterminée chaque année à l’occasion de l’établissement du budget », selon le règlement intérieur que 20 Minutes a pu consulter. Reconductibles tous les trois ans, cette autorisation peut se perdre par une simple décision de « non reconduction d’attribution du logement », stipule ce même document. « On peut nous mettre dehors à tout moment », s’exclame Jean-Claude. Des élus parisiens s’inquiètent de cette situation.

Une future opération immobilière ?

« Je suis pour qu’une loi recadre ce type d’hébergement et que ses résidents soient pris en charge par la sécurité sociale », explique Nicolas Bonnet-Ouladj, président du groupe communistes-Front de Gauche au Conseil de Paris. Lui, qui siège au conseil de surveillance des Quinze-Vingts, s’interroge sur la situation. « N’y a-t-il pas une tentative de faire partir les gens au fur et à mesure, pour récupérer les appartements et en faire autre chose ? », se questionne-t-il en rappelant que l’arrondissement est touché par une importante spéculation immobilière. Marie-Thérèse Falais, directrice adjointe de l’hôpital des Quinze-Vingts se veut « rassurante ».

« Avec le montant des redevances, nous avons du mal à faire face », dit-elle pour justifier l’augmentation des charges, en précisant que ce bâtiment comprend déjà des prestations d’hygiène, de travaux et des suivis médicaux. Interrogée par 20 Minutes, Marie-Thérèse Falais écarte tout projet immobilier et promet que tous les habitants resteront à Saint-Louis. « Ils sont très craintifs. Ils ne voient rien donc ils sont dans la méfiance. Je dois donc les rassurer », tient-elle à conclure en se disant prête à travailler davantage sur leur statut.

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