Le héros de Sarko, juste une victime

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Publié le 10 décembre 2007.

Doublement victime. Jilali El-Mrabet, dont deux des agresseurs sont jugés aujourd'hui devant le tribunal correctionnel d'Evry (Essonne), obtiendra-t-il les réponses à toutes les zones d'ombre de son affaire ? Le 9 février dernier, alors qu'il vient d'être impliqué dans un accrochage avec une automobiliste à Sainte-Geneviève-des-Bois, une bande de jeunes venus de Grigny lui tombe dessus. Un coup de pelle sur le crâne plonge ce jeune infographiste de 25 ans, d'origine marocaine, dans le coma.

A son réveil, une semaine plus tard, on a fait de lui un héros. Les médias ont passé en boucle le témoignage d'un de ses proches, selon qui « il s'est précipité pour protéger la femme d'une agression ». Sur la base de cette unique déclaration, Jilali va devenir le symbole d'une jeunesse issue de l'immigration qui réussit et risque même sa vie pour les autres. Pourtant, la jeune femme qu'il est censé avoir sauvée a déclaré à la police, le soir même des faits, n'avoir été ni agressée ni menacée. Selon elle, Jilali El-Mrabet aurait été attaqué gratuitement. Jilali, qui n'a plus que des « flashs » de cette journée, répète sa version : « Je me suis interposé. On se sentait menacés elle et moi. » Alerté sur ce fait divers par ses services du ministère de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, en pleine campagne présidentielle, s'en saisit : il vient au chevet de la victime à l'hôpital, puis, dès le 14 mars, le décore de la médaille du courage et du dévouement.

Elu président, il lui téléphone alors qu'il est en vacances au large de Malte, en fait un de ses invités d'honneur à la garden-party du 14 Juillet, lui promet un logement... Bizarrement, il ne s'est trouvé personne pour alerter Sarkozy qu'il décorait un héros de paille. L'avocat de Jilali, Jacques Bourdais, prétend n'avoir « pas été au courant de cette décoration » et l'avoir « appris incidemment fin mai ». Ou peut-être n'avait-il pas consulté le dossier d'instruction et croyait-il lui aussi à la thèse du héros ?

Depuis, l'avocat a rétabli la véritable histoire de Jilali. Authentique victime, il n'a pas pour autant tenté de protéger une femme. « Mon client se sent instrumentalisé », déclare à la une du Monde, mi-octobre, Jacques Bourdais. L'avocat met en cause à demi-mot les services de police et la hiérarchie du ministère de l'Intérieur, qui se seraient contentés de la première version médiatique des faits, et la presse, qui a « inventé une histoire pour vendre du papier ». Jilali El-Mrabet, lui, se dit « perdu, déçu, écoeuré ». Il aurait « préféré rester anonyme ». Le procès l'aidera peut-être à tourner la page. Mais sa vue et ses capacités neurologiques resteront probablement à tout jamais affectées. Jusqu'ici, il n'a pas pu reprendre son travail.

Sophie Caillat - ©2007 20 minutes
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