Paris: Les fréquents jets de pierres gâchent la vie de la petite ceinture dans le 15e

VANDALISME En quelques mois, la mairie du 15e a recensé une quinzaine de plaintes d’habitants qui ont eu leurs fenêtres brisées par des pierres jetées depuis la promenade suspendue de la Petite Ceinture…

Fabrice Pouliquen

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Dans le 15e arrondissement, la promenade de la Petite Ceinture se faufile entre les immeubles frôlant en certains endroits des balcons.

Dans le 15e arrondissement, la promenade de la Petite Ceinture se faufile entre les immeubles frôlant en certains endroits des balcons. — F. Pouliquen / 20 Minutes

« J’ai conservé les pierres », confie Nicole en allant les chercher sur son balcon, au quatrième étage d’une résidence coquette de la rue du Hameau (15e). Elle revient avec trois gros cailloux qui remplissent sa main. Le 24 novembre au soir, vers 18h, attirée par un grand boum provenant de son salon, elle a retrouvé ces trois projectiles au pied de sa baie vitrée fissurée. Ils venaient d’être jetés depuis la promenade de la petite ceinture qui passe à deux pas de là.

Une série de plaintes fin 2016

C’est presque un « classique » dans ce quartier du 15e où l’ancienne voie ferrée, reconvertie en parc urbain, a été rouverte aux Parisiens à l’été 2013. Cette promenade suspendue se faufile entre les immeubles sur 1,3 km, frôlant en plusieurs endroits des balcons. Un cadre étonnant qui invite à la détente. Mais des petits malins profitent aussi du lieu pour expédier des projectiles contre les vitres des riverains.

La mairie du 15e a recensé une quinzaine de plaintes ces derniers mois dans le secteur. Carlos, le gardien de la résidence où vit Nicole, signale d’ailleurs d’autres vitres cassées dans l’immeuble fin 2016 et tient à montrer un gros parpaing qu’il a trouvé un soir dans la cour.

Carlos, le gardien d'un immeuble de la rue Hameau, montre un parpaing jeté fin 2016, depuis la petite ceinture, dans la cour de sa résidence.
Carlos, le gardien d'un immeuble de la rue Hameau, montre un parpaing jeté fin 2016, depuis la petite ceinture, dans la cour de sa résidence. - F. Pouliquen / 20 Minutes

 

Un pâté de maisons plus loin, au 361 rue Lecourbe, « ce sont six résidents qui ont porté plainte en décembre », affirme Marine, la gardienne. Il y a aussi la petite école de danse au rez-de-jardin du 73 rue Desnouettes. « Deux jeudis de suite, nous avons reçu des pierres dans la cour jetée par des ados depuis la Petite ceinture, raconte Astrid, professeure. Nous avons dû faire entrer précipitamment les élèves et une pierre a heurté ma voiture. »

Des ascenseurs régulièrement cassés

Voilà pour les incidents recensés fin 2016. « Ces actes de vandalisme se répètent en fait souvent depuis 2013 et l’ouverture de la Petite Ceinture », assure Marine. Et il n’y a pas que des vitres brisées. Philippe Goujon, le maire (Les Républicains) du 15e, parle aussi des « provocations, menaces et insultes provenant de bandes » que lui ont remontés des riverains de la petite ceinture.

L’élu évoque enfin des pierres jetées contre des bus ou encore les trois ascenseurs régulièrement cassés alors qu’ils permettent l’accès à la promenade pour les personnes à mobilité réduite. « Les réparations ont coûté à la ville de Paris 30.000 euros en 2015. Ce devrait être autant pour 2016. »

Les trois ascenseurs qui permettent d’accéder à la promenade sont régulièrement cassés. C'était le cas pour l'un d'eux ce mercredi 18 janvier 2016.
Les trois ascenseurs qui permettent d’accéder à la promenade sont régulièrement cassés. C'était le cas pour l'un d'eux ce mercredi 18 janvier 2016. - F. Pouliquen / 20 Minutes

Un tronçon qui devait être modèle

« C’est du gâchis », commente alors Carmen, une retraitée du quartier, croisée sur la petite ceinture où elle aime se promener. L’aménagement de cette promenade dans le 15e devait servir d’exemple dans la reconquête de la Petite Ceinture, cette voie ferrée de 32 km qui fait le tour de Paris mais qui est inutilisée depuis 1993. « Il s’agit d’un des premiers tronçons à avoir été rendu au public, il s’agit aussi du plus long », explique Stéphane Dos Santos, secrétaire de l’Association pour la sauvegarde de la petite ceinture.

>> Lire aussi: La petite ceinture se cherche un avenir

Faut-il alors fermer ce tronçon, comme aimerait parfois Marine, la gardienne de la résidence du 361 rue Lecourbe ? Philippe Goujon ne va pas jusque-là. Il souhaite au contraire le prolonger pour que cette promenade relie les parcs André-Citroën et Georges-Brassens comme l’avait imaginé le projet initial.

« Rehausser les grillages, du personnel et des caméras »

« Il faut juste que la ville de Paris prenne enfin des mesures pour sécuriser les lieux, insiste l’élu. La ville fait le minimum sur ce point. » Dans un vœu qui sera présenté au prochain conseil municipal, il appellera Anne Hidalgo et le préfet de police de Paris à rehausser les grillages entourant la petite ceinture, à y instaurer de la vidéoprotection, mais aussi à y affecter des personnels de surveillance. « Pourquoi pas des agents de la toute nouvelle brigade de lutte contre les incivilités ? », lance Philippe Goujon.

>> La mairie de Paris ne veut pas dénaturer le site

La ville de Paris dit avoir reçu deux signalements pour des jets de projectiles en 2016 et a relevé cinq dégradations matérielles sur le site (graffiti, dégradation d’une serrure…). « Ces incidents sont inacceptables mais sur une période d’une année pour un espace vert de plus de 35 000 m2 particulièrement fréquenté, ils ne permettent pas de conclure à une situation d’insécurité », réagit-on à la mairie de Paris. La mairie de Paris assure également qu’elle travaille en étroite collaboration avec le commissariat de police du 15e arrondissement sur ce secteur et que des agents de la nouvelle brigade de lutte contre les incivilités interviennent sur le secteur.

La ville de Paris se dit en revanche contre le principe de retirer le ballast de la petite ceinture ou d’installer des grillages de plus grande hauteur, « pour ne pas dénaturer le site ».