Illustration d'annonces dans une agence immobilière.
Illustration d'annonces dans une agence immobilière. - A. GELEBART / 20 MINUTES

« Nationalité française obligatoire, pas de noir, immeuble avec des policiers uniquement. » Cette fiche technique d’un appartement en location de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), rédigée par l’agence Laforêt immobilier des Lilas (Seine-Saint-Denis) avait fait grand bruit après avoir été partagée sur Twitter fin novembre, puis repris par des médias en ligne un mois plus tard.

Une charte zéro discrimination 

L’affaire n’en est pas restée là. Le Défenseur des droits a ouvert une enquête. L’association antiraciste « La maison des potes » a porté plainte. Et vendredi dernier, le groupe Laforêt a exclu l’agence des Lilas de son réseau.

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Cette fiche technique raciste a aussi eu l’effet d’un électrochoc à la mairie de Paris. Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo chargé du logement, et Hélène Bidard, adjointe chargée de la lutte contre les discriminations, ont réuni lundi les représentants des principales fédérations d’agences immobilières (Fnaim, Foncia, L’Adresse, Laforêt…).

La réunion a accouché d’une charte « zéro discrimination ». Elle tient sur une page et engage les signataires à renforcer leur action pour prévenir les discriminations. Via notamment « la mise en place de formations pour les professionnels de l’immobilier » ou encore « la nomination, au sein de ces fédérations, de référents à la non-discrimination ».

Des testing dans les agences

Rien de neuf à l’horizon. Les agences immobilières assurent mener déjà bon nombre des actions mentionnées dans la charte. « C’est stipulé dans les contrats de travail : la discrimination est considérée comme une faute professionnelle, indique François Davy, le président de Foncia. Nous avons aussi un logiciel qui détecte des mots sensibles et permet d’alerter le rédacteur d’une annonce immobilière. Le mot « noir » par exemple sera mis en surbrillance. »

Ian Brossat et Hélène Bidard ne souhaitent pas non plus en rester à cette simple charte. Ils veulent aussi instaurer des testing dans les agences immobilières. Le testing ? « Une technique d’investigation qui consiste à filmer, en caméra cachée, les réactions d’agents immobiliers face à deux candidats qui ont exactement le même profil à l’exception de la couleur de peau, l’origine ou l’orientation sexuelle… », explique Samuel Thomas, délégué général de la Maison des potes.

Pas la bonne solution ces testings ?

Ces testing devraient être instaurés dans les prochains mois. La mission serait confiée à une association ou à des chercheurs travaillant sur la question de la discrimination. Gilles Recour de Bourgies, président adjoint de la Fnaim Grand Paris, proteste déjà. « Je ne nie pas ce problème des discriminations dans l’accès au logement. Mais ces approches piégeuses sont malsaines. Elles entraînent des confusions en laissant croire à des personnes qu’elles sont victimes de discrimination alors qu’elles ne le sont pas. » A-t-il peur aussi de ce que pourraient découvrir ces testing ? Gilles Recour de Bourgies répond que non.

Pour Hélène Bidard, en tout cas, c’est un bon outil : « Pour pouvoir réduire ces discriminations, il faut déjà pouvoir les constater », explique-t-elle. Les chiffres manquent en effet en matière de discrimination dans l’accès au logement. En 2015, le Défenseur des droits a été saisi à 145 reprises pour des discriminations liées au logement sur toute la France. C’est à peine 3 % des 4.846 dossiers « discriminations » qu’il a dû traiter en 2015. « Ce n’est que la face immergée, observe Samuel Thomas. Dans les faits, bon nombre des victimes baissent les bras et ne portent pas plainte. Ils savent que ça ne sert à rien. »

« Il faut aussi obtenir des condamnations en justice »

La Maison des potes se tient du coup à la disposition de la ville de Paris pour réaliser ces testing. « Nous le faisons depuis de nombreuses années, sans jamais avoir reçu de subventions de la ville de Paris que nous avons pourtant demandé », précise Samuel Thomas. Ce que conteste le cabinet de Hélène Bidard.

Mais pour le responsable associatif, il est nécessaire d’aller plus loin : « Il faut obtenir des condamnations en justice contre ceux qui discriminent : agences immobilières ou propriétaire. Elles sont trop rares aujourd’hui. Soit les procureurs n’ouvrent pas d’enquête, soit ils le font avec un an de retard. »

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