Les biffins veulent récupérer un statut

Il est 11 h 30 ce dimanche sous le périphérique, porte Montmartre (18e), quand une rumeur envahit la foule : « Les v'la. » En quelques secondes, des dizaines de vendeurs se volatilisent. Pour la troisième fois de la matinée, la police vient patrouill...

Sophie Caillat - ©2007 20 minutes

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Il est 11 h 30 ce dimanche sous le périphérique, porte Montmartre (18e), quand une rumeur envahit la foule : « Les v'la. » En quelques secondes, des dizaines de vendeurs se volatilisent. Pour la troisième fois de la matinée, la police vient patrouiller dans ce coin, situé à l'extrémité des puces de Saint-Ouen et traditionnellement squatté par des vendeurs à la sauvette. Parmi eux, une centaine de biffins, ces héritiers des chiffonniers qui ont fait la tradition des puces, vendent des objets récupérés. Annie, qui touche 600 euros mensuels de retraite, fait les poubelles du 18e pour compléter ses revenus. Elle harangue les passants : « Allez, 3 euros l'imper. Quand il y a un bouton manquant, je les remplace tous, je recouds aussi... », explique-t-elle devant son petit tas de marchandises, une paire de bottines mauves, un livre, des sacs à main rétro... et même une fois des couverts en argent ! Elle a appris à survivre au harcèlement policier, à remballer fissa son barda. « Sinon, ça termine à la benne, ou dans les poches des policiers. Et puis, l'amende à 172 euros, je n'ai pas les moyens de la payer. »

Avec les autres biffins de la porte Montmartre, elle manifestera ce soir devant la mairie du 18e, jour du dernier conseil d'arrondissement de la mandature. Proposé par les Verts, un voeu sera soumis au vote demandant la régularisation de leur statut et le retrait de la benne où atterrissent leurs marchandises. Avec peu d'espoir d'être adopté, faute d'un soutien du PS.

Thierry Cayet, élu local (Verts), fait valoir que « cette benne [installée par la mairie en réponse aux plaintes de voisins] coûte 10 000 euros par mois au contribuable parisien », et estime que ce « marché social de la récupération » a le droit de vivre. « Certes, on n'est pas des vrais commerçants, mais on est prêts à payer à la mairie jusqu'à 5 euros par mois pour devenir légaux », assure Mohamed Zouari, président de l'association des biffins Sauve qui peut. « Les soumettre à la patente permettrait à la police de faire la différence entre les biffins et les voleurs », avance Nicolas Campini, riverain. Car pour l'instant, ceux qui revendent outils, téléphones portables et autres objets « tombés du camion » sont aussi nombreux que les honnêtes chiffonniers.

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