« C'était un dimanche, c'était des petits, ils s'amusaient »

Publié le 27 novembre 2007.

Rage et peur. Ce sont les deux sentiments qui animaient hier Villiers-le-Bel. «Rage» face à la disparition de deux adolescents, «calmes», «inoffensifs», «des mecs bien» selon leurs copains. Angoisse des familles, voire de certains jeunes face à un éventuel déferlement de violences. «Je crains que la nuit de dimanche n'ait été qu'un entraînement», murmure une mère de famille.

Dans le virage où les deux jeunes garçons ont trouvé la mort, un bouquet de fleurs, deux photos, et un message: «Morts pour rien». Les mêmes mots que ceux brandis à Clichy-sous-Bois en 2005 après la mort de Zied et Bouna. Les adolescents de Villiers ont presque le même âge, 15 et 16 ans. Et leurs amis le même sentiment d'injustice et d'absurdité. «Les policiers les auraient tués pendant un braquage ou un vol, on aurait pu comprendre la bavure. Mais là, c'était un dimanche, c'était des petits, ils s'amusaient.»

«Ils ne faisaient rien: ils tremblaient et bégayaient»

Djebril* se tenait à quelques mètres de l'accident devant la pharmacie avec des amis lorsqu'il a entendu un grand bruit : « On est vite allé voir. Et ils étaient là, visiblement morts, les yeux révulsés. Les policiers étaient sortis de leur véhicule. Ils les regardaient hagards. C'est vrai que des gens ont commencé à les interroger, à leur mettre la pression pour qu'ils essaient de sauver les jeunes puisqu'ils nous interdisaient de toucher aux corps. Mais ils ne faisaient rien : ils tremblaient et bégayaient. Les pompiers ont mis un temps fou à arriver.» Un de ses amis tempère: «On n'aurait rien pu faire.» Un troisième: «Oui, mais ensuite ils sont partis comme ça, sans dire un mot aux familles, sans rien. Ça a déclenché la colère. Et t'as vu comment leur voiture est défoncée? Leur version n'est pas crédible.»


Personne ne se cache d'avoir participé aux émeutes: «Normalement, Villiers est divisé. On s'aime pas entre ceux de la cité du Puits, des Cascades, de la Cerisaie... Mais là c'était trop. On a tous oublié les rancoeurs.»

Chacun parle des deux jeunes, l'un qui «voulait devenir boulanger», l'autre qui «faisait les marchés». Les policiers, le maire «qui regarde les schmidt [les policiers] tirer sans rien dire», les journalistes: chacun en prend pour son grade.

«C'est quand la nuit tombe que les démons sortent»

Hier après-midi, une marche silencieuse a réuni entre 200 et 300 personnes dans le calme. Hier soir, 160 policiers supplémentaires devaient être déployés. «C'est quand la nuit tombe que les démons sortent», soupire un père qui va « s'enfermer chez lui car c'est leur faire trop de charité que de les regarder». A quelques mètres de là, un collégien en apostrophe un autre. «On se voit au hand ce soir?» L'autre embêté: «Je préfère rester chez moi. C'est trop dangereux de sortir.»

* Le prénom a été modifié

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Michaël Hajdenberg
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