Télétravail : Même la mairie de Paris et ses 52.000 agents s’y mettent

TRAVAIL Depuis juin, 150 agents de la ville télétravaillent au moins une fois par semaine. Paris vise les 1.500 agents d’ici 2020…

Fabrice Pouliquen

— 

Depuis juin, la mairie de Paris expérimente le télétravail auprès de 150 de ses agents.

Depuis juin, la mairie de Paris expérimente le télétravail auprès de 150 de ses agents. — DOVARGANES/AP/SIPA

Métro-boulot-dodo. Le triptyque a du plomb dans l’aile, à mesure notamment que se développe le télétravail. D’ores et déjà 21 % des Franciliens télétravaillent, indiquait l’Ipsos dans une enquête publiée jeudi pour Revolution@Work, un programme lancé en octobre auprès de 300 entreprises pour « inventer le travail de demain ».

Plus seulement l’apanage du secteur privé

Ce pourcentage devrait augmenter. Déjà parce que le télétravail est plébiscité. Toujours selon l’enquête Ipsos, « 65 % des Français travaillant en bureau s’y disent favorables ». Surtout, le télétravail ne concerne plus seulement le salariat privé. Un décret paru en février dernier précise enfin modalités de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique et la magistrature. La ville de Paris a sauté sur l’opportunité. Depuis juin, elle expérimente le télétravail auprès de 150 de ses 52.000 agents à qui elle permet, une fois par semaine, de travailler de chez eux.

Ils sont juristes, comptables, RH, informaticiens… Tous volontaires. « Au total, ils viennent de quinze directions différentes et de tous les niveaux hiérarchiques, explique Emmanuel Grégoire, adjoint d’Anne Hidalgo chargé des ressources humaines. Il fallait, pour ce premier test, nous confronter à des situations diverses, notamment à l’utilisation de logiciels variés. »

La vitesse supérieure en 2017

Avec 150 agents, Paris commence doucement. « Nous avions 300 volontaires », concède Emmanuel Grégoire. Surtout, l’adjoint d’Anne Hidalgo évalue à 15.000 le nombre d’agents de la Ville dont les postes sont potentiellement « télétravaillables ». « Voire même 20.000 en comptant très large. »

>> Lire aussi: Une majorité de salariés français plébiscite le télétravail

Paris espère passer très vite à la vitesse supérieure. Dans l’idéal dès la fin du premier trimestre 2017, date à laquelle Emmanuel Grégoire espère pouvoir présenter au conseil municipal « un programme d’élargissement beaucoup plus significatif du télétravail. » Paris annonce déjà des objectifs : plusieurs centaines d’agents en télétravail d’ici la fin 2017, 1.500 à l’horizon 2020.

Des heures de transport en moins

Il faudra d’abord tirer les conclusions de cette première expérience. Emmanuel Grégoire dit les premiers retours positifs. « Les volontaires étaient le plus souvent ceux qui habitaient le plus loin de la capitale, indique-t-il. Un tiers de nos 52.000 agents habitent en deuxième couronne voire hors Ile-de-France. Le télétravail leur évite parfois trois heures de transports par jour. »

Sur l’organisation du travail, tout n’est pas aussi évident. « Nous devons encore faire évoluer nos outils informatiques pour faciliter le travail à distance, explique Emmanuel Grégoire. Il faut aussi revoir nos pratiques managériales. En ce sens, le télétravail est positif. Il nous invite à donner plus d’autonomie aux agents. A ne plus raisonner seulement en termes de temps de présence en poste, mais plus en termes d’objectifs à remplir. »

Pas la solution à tout

Depuis juin, en tout cas, la ville de Paris ne dit pas avoir noté une baisse de productivité de ses agents en télétravail. « Il faudra voir dans le temps », note Emmanuel Grégoire. L’élu envisage rapidement à deux jours de télétravail par semaine, mais pas plus : « Trois jours, je n’y crois pas beaucoup. Cela fait beaucoup et on mesure mal encore si le télétravail altère ou non la relation symbolique avec ses collègues de travail. »

Karine Babule, chargée de mission à l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) voit d’autres possibles effets pervers au télétravail. « Comme l’incapacité à déconnecter de son travail et à dissocier temps professionnel et temps à soi, observe-t-elle. Dans ces cas-là, le télétravail ne permet plus une meilleure articulation des temps. »

Un grand colloque pour inventer le travail de demain

Ne pas mettre donc le télétravail sur un piédestal. C’est aussi ce que dit Frédéric Bedin, président du directoire d’Hopscotch qui impulse le programme Revolution@Work. « Notre enquête montre avant tout que les salariés sont demandeurs de plus de liberté dans leur rythme de travail, observe-t-il. Le télétravail est la solution qui vient tout de suite en tête parce qu’elle existe déjà. Il y en a tant d’autres à inventer. »

Ce sera l’objet des deux journées de tables rondes qu’organise Révolution@Work les 8 et 9 décembre à La Défense. Elles réuniront 2.000 architectes, designers, urbanistes, RH et décideurs de grandes entreprises. Frédéric Bedin lance une piste : « L’avènement des voitures autonomes nous permettra peut-être bientôt de tenir des réunions sur les temps de transports. »