Vue du quartier de La Défense
Vue du quartier de La Défense - JOEL SAGET / AFP

« Tired of the fog, try the frogs… Choose Paris La Defense »…  Le trait d’esprit* s’étale sur tout le long de l’affiche, juste en dessous d’une grenouille au sourire affable et à la cravate tricolore, tandis qu’en fond apparaissent les gratte-ciel de La Defense.

La campagne de communication, lancée il y a 15 jours par Defacto, l’établissement public qui gère le quartier d’affaires parisien, a eu un certain retentissement outre-Manche. L’idée ? Attirer les grandes entreprises, étrangères comme britanniques, installées à Londres mais songeant à déménager dans la perspective du Brexit.

Defacto, l'établissement public qui gère le quartier d'affaires de La Défense, a déjà lancé une campagne de communication pour attirer à Paris les déçus du Brexit.
Defacto, l'établissement public qui gère le quartier d'affaires de La Défense, a déjà lancé une campagne de communication pour attirer à Paris les déçus du Brexit. - / Defacto

Un guichet unique pour répondre aux investisseurs étrangers

La décision des Britanniques de quitter l’Union européenne, le 24 juin dernier, a fait naître l’espoir en Ile-de-France que ce Brexit s’accompagne d’un déménagement massif d’institutions financières et de grandes entreprises de la City de Londres vers la place financière parisienne. Cette campagne de communication n’est qu’un exemple.

Ce jeudi, Manuel Valls inaugure aussi un guichet unique pour les entreprises étrangères qui veulent glaner des informations en vue de s’installer en région parisienne. Intitulé Choose Paris region, il sera installé au 11 rue Cambrai (19e) dans les locaux de Paris Region entreprises, l’agence de développement économique de l’Ile-de-France. Une dizaine de permanents animeront cet espace.

Une « cellule Brexit » lancée en Ile-de-France

« Pour la première fois, la ville de Paris, la région, l’Etat, la métropole, la chambre des commerces et d’industrie vont mettre en commun leurs compétences pour apporter une prise en charge globale, précise et rapide aux investisseurs étrangers », explique Franck Margain, président de Paris Région entreprise.

Ce guichet unique n’est qu’un volet de la « cellule Brexit » que lancera ce jeudi le Premier ministre. A cela s’ajoute une panoplie de mesures incitatives que le gouvernement prépare pour répondre aux enjeux du Brexit. Au premier rang desquelles la baisse des impôts sur les sociétés votée mi-octobre dans le cadre du budget 2017.

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Mais faut-il seulement y croire à cette arrivée massive d’investisseurs étrangers à Paris ? Jérôme Chartier, vice-président en charge de l’économie à la région Ile-de-France, ne pense pas que la City va disparaître, « mais les entreprises qui font des affaires sur le marché européen vont devoir se localiser dans le périmètre de l’Union européenne ou au moins y déménager une ou plusieurs de leurs unités. » C’est sur ce point que l’Ile-de-France a une carte à jouer. « On parle potentiellement de 25.000 à 30.000 emplois dont pourraient bénéficier Paris et son agglomération, poursuit Jérôme Chartier. Cela pourrait être beaucoup plus. »

30.000 emplois en jeu ?

L’économiste Marc Toutati, directeur du cabinet Acdefi et auteur de La Fin d’un monde, n’a pas les mêmes chiffres en tête. « Même dans le cas d’un Brexit dur [cas où le Royaume-Uni quitterait le marché unique européen], les investisseurs étrangers verront sans doute plus d’intérêts à s’implanter dans un pays où la pression fiscale est moindre et le marché du travail moins rigide », estime-t-il. Comme l’Irlande ou le Luxembourg, aux régimes fiscaux avantageux.

Franck Margain balaie ce raisonnement. « Un entrepreneur sérieux avec un business mondial ne regarde pas seulement les avantages fiscaux qu’offre un pays. Le bassin d’emploi, la concentration d’entreprises, le niveau de formation de la population, la qualité de la recherche, la qualité de vie comptent aussi beaucoup. »

Déjà des premières demandes à La Défense

Sur ces différents points, l’Ile-de-France a des arguments à faire valoir. « Paris est déjà une place financière forte », rappelle Jérôme Chartier qui voit alors comme seul véritable concurrent Franckfort. Franck Margain ajoute tout de même à la liste Amsterdam, Barcelone et Berlin.

Quoi qu’il en soit la course est lancée. Defacto assure même avoir déjà reçu quelques coups de fils de cabinets de conseil en déménagement, missionnés par des entreprises installées en Grande-Bretagne, et s’intéressant aux mètres carrés disponibles à la Défense.

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