La piscine Apirant-Dunand dans le 14e arrondissement, est elle équipée du système Poséidon.
La piscine Apirant-Dunand dans le 14e arrondissement, est elle équipée du système Poséidon. - R.LESCURIEUX

C’est une mort qui a été « soigneusement » passée sous silence par la mairie de Paris, estime la CGT. Le décès remonte à plusieurs semaines à la piscine Blomet (15e) à Paris. Un homme de 23 ans a été découvert sous l’eau, inanimé, par les maîtres-nageurs, précise une note du centre de veille opérationnelle de la ville de Paris que 20 Minutes s'est procurée. Après les premiers secours sur place, le nageur a été transporté inconscient à l’hôpital, où il a trouvé la mort le lendemain.

Cette noyade n’est malheureusement pas si rare. Elie Vignac, chercheur à l’université de Lyon 1 au laboratoire sur les vulnérabilités et l’innovation dans le sport, évalue à 22 le nombre de noyades mortelles dans les piscines publiques en France chaque année en France et à 160 le nombre de cas a priori non-mortels. Mais pour que l’accident à Blomet ne reste pas sans conséquences, la CGT Cadres et techniciens parisiens, qui représente les maîtres-nageurs, lance une pétition auprès des usagers pour une « meilleure sécurité dans les piscines parisiennes ».

Huit piscines équipées du système Poséidon

Leur première revendication se nomme Poséidon. Ce système d’aide à la prévention des noyades, inventé par une entreprise de Boulogne-Billancourt, équipe aujourd’hui 240 piscines dans le monde. Dont huit des 38 piscines municipales à Paris. « La première, c’était celle d’Auteuil (16e) en 1999, explique Thierry Boeglin, directeur de Poséidon. Ont suivi Aspirant-Dunant (14e), Alfred-Nakache (20e), Bertrand-Dauvin (18e), Jean-Taris (5e), Catherine-Lagatu (10e), et Jean-Boiteux (12e). Mais aussi Keller et Pailleron, deux piscines dont la gestion est confiée à une entreprise privée. »

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Poséidon consiste en un système de caméras sous-marines et/ou à l’extérieur du bassin auquel sont associés des algorithmes mathématiques qui alertent les maîtres-nageurs, dès les premières secondes, lorsqu’un nageur se comporte potentiellement comme un noyé. « C’est-à-dire qu’il est plus ou moins immobile, sans trajectoire, au fond du bassin depuis au moins dix secondes », précise Thierry Boeglin.

« Etendre le système à toute la capitale »

Poséidon a déjà fait plusieurs fois ses preuves. Comme à Saint-Germain-en-Laye. « A ce jour, aucune des piscines que nous équipons n’a connu de noyades mortelles, indique Thierry Boeglin. Nous avons à l’inverse permis d’éviter 33 noyades» Le directeur de Poséidon se garde toutefois bien de dire que la noyade à Blomet aurait été évitée si la piscine avait été équipée de son système. « Dans le domaine de sécurité, il n’existe aucune technologie infaillible, rappelle-t-il.

De leur côté, les maîtres-nageurs à l’origine de la pétition demandent l’extension du système Poséidon à toutes les piscines parisiennes. Pourquoi n’est-ce pas déjà le cas ? Nous aurions aimé poser la question à Jean-François Martins, adjoint d’Anne Hidalgo chargé des sports, et à la CGT. Ni l’élu ni le syndicat n’ont souhaité répondre à 20 Minutes.

Le coût du système, 100.000 euros, est peut-être l’une des raisons. Son installation nécessite de fermer les bassins entre huit et quinze jours. « A Paris, le choix a été fait d’installer le système dans les piscines lorsqu’elles font l’objet de travaux et en priorité dans les bassins profonds », indique Thierry Boeglin.

« Un recensement aussi des effectifs »

Pour le chercheur Elie Vignac, toutefois, déployer Poséidon dans toutes les piscines parisiennes ne résoudra pas tout. « C’est une réponse intéressante et innovante qui permet de limiter le risque de noyade », estime-t-il. Le professeur à l’université de Lyon, Poitiers et Caen a analysé les dispositifs de surveillance dans 108 piscines publiques françaises pendant 54 heures d’observation au total. « La surveillance constante, telle qu’elle est exigée par les textes réglementaires, représente seulement 49 % du temps sur lequel les observations ont été réalisées, indique-t-il. La surveillance est inadaptée 33 % du temps alors qu’elle est absente 18 % du temps. »

En cause : des conditions de travail difficiles (chaleur, bruit, affluence) mais aussi des organisations de travail qui peuvent être inadéquates. « Il est parfois demandé aux maîtres-nageurs d’assurer des missions annexes sur leur période de surveillance, note Elie Vignac. Louer du matériel, accueillir et renseigner des clients, assurer des soins… ».

Est-ce le cas à Paris ? Sur son blog, la CGT parle en tout cas d’un manque d’effectifs dans certaines piscines de la capitale. C’est d’ailleurs leur deuxième revendication : faire « un état des lieux des piscines et créneaux où la présence simultanée de deux maîtres-nageurs n’est pas assurée » et recruter des maîtres-nageurs en conséquence.

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