Comment les locations Airbnb relancent le métier de concierge à Paris

ECONOMIE Des start-up parisiennes surfent sur le succès de la location touristique entre particuliers en proposant aux propriétaires à l’emploi du temps chargé, de s’occuper de tout pour eux…

Fabrice Pouliquen

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Jacques Lavie, de Bnblord, remet les clés d'un appartement loué sur Airbnb à Marcus et sa compagne.

Jacques Lavie, de Bnblord, remet les clés d'un appartement loué sur Airbnb à Marcus et sa compagne. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Une bouteille de vin sur la table à manger, du jus d’orange pressé dans le frigo et la climatisation prête à marcher. Jacques Lavie jette encore un dernier coup d’œil sur les lieux, mais tout semble bien prêt pour accueillir Marcus et son épouse, tout juste arrivés à Paris.

« On s’occupe de tout »

Ce couple d’Américains s’apprête à passer dix jours dans la capitale et a choisi comme pied-à-terre un joli appartement de la rue des Jeûneurs (2e) déniché sur Airbnb. Jacques Lavie n’est pas le propriétaire des lieux mais le cofondateur de bnbLord, une start-up qui surfe sur le boom des locations de meublés touristiques à Paris. Bnblord n’est pas la seule. Bnbsitter, qui se revendique la première, Welkeys, Wehost et une multitude d’autres start-up, sont aussi sur le coup.

Le constat de départ est simple : « en moyenne, à Paris, les touristes qui réservent un Airbnb y restent quatre jours, raconte Jacques Lavie. Pour le propriétaire, cela devient vite une activité chronophage. Il y a la remise des clés, l’état des lieux de sortie, le ménage, les draps à changer. » Et tous les imprévus, du retard fréquent des touristes à leur arrivée à la clé perdue au beau milieu de la soirée.

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Ces start-up entrent alors en scène. « On s’occupe de tout », résume Biago Tumino, cofondateur de Bnbsitter. Toutes proposent le trio classique : l’accueil des voyageurs, leur départ et le ménage entre deux locations.

« On se rapproche des standars de l’hôtel »

De nouveaux services s’ajoutent peu à peu à la carte. Ils peuvent être à l’intention des propriétaires. Welkeys et bnbLord proposent ainsi de gérer les annonces de location ou bien de faire intervenir des photographes professionnels et de donner quelques conseils d’home staging pour mettre en valeur l’appartement.

Ces « petits » services s’adressent aussi et surtout aux touristes locataires. « Une aide pour la réservation d’un VTC par exemple, du wifi pendant leurs trajets, un chef cuisinier à domicile, liste Biago Tumino. Cet été, il nous est arrivé aussi d’aller acheter des ventilateurs ou des boissons fraiches. »

« Le marché de la location meublé touristique est de plus en plus exigeant, constate Jacques Lavie. On perd un peu le côté débrouillardise qui était sans doute plus présent à l’origine d’Airbnb, mais, d’un autre côté, on se rapproche des standards d’un hôtel, la qualité de l’offre s’améliore. »

« Le modèle, c’est Uber »

Et ça permet donc à ces start-up d’exister. Celles-ci font facturer leurs services soit au forfait, soit en prélevant un pourcentage sur les locations réalisées. « Nous gérons 6.000 logements pour l’essentiel à Paris, mais nous sommes aussi présents dans une dizaine de villes, en France, en Italie et en Espagne, indique Biago Tumino. Welkeys en est à 4.000 dans toute la France et s’est fixé l’objectif des 10.000 d’ici la fin de l’année. bnbLord, lancé il y a un an et présent pour l’instant qu’à Paris, Strasbourg et Lisbonne, gère pour sa part 300 appartement et a, elle aussi, bon espoir d’accroître ce portefeuille.

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De quoi créer des emplois ? C’est là que ça se complique. Ces start-up comptent quelques employés certes (25 pour Bnbsitter) et « nous sous-traitons le ménage dans les appartements à une agence spécialisée à qui, du coup, nous apportons beaucoup de travail », précise Jacques Lavie. Mais pour l’accueil et l’état des lieux de sortie, toutes font appel à des travailleurs indépendants, comme des auto-entrepreneurs. « On fonctionne comme Uber », lance Biago Tumino dont la start-up travaille avec 1.000 concierges. Même nombre avancé chez Welkeys.

Un bon complément de revenus

Le modèle économique est souvent décrié. Niels comme Guillaume, disent toutefois y trouver leur compte. Le premier lance un site Internet autour du rugby, le deuxième est comédien. Tous deux parlent de la conciergerie comme un complément de revenus non négligeable. « Et le grand avantage, c’est qu’on choisit ses horaires, ce qui permet d’avoir une activité en parallèle », complète Niels. Bnbsitter assure qu’un concierge, « très disponible et acceptant de se déplacer dans tout Paris », gagne au minimum 2.000 euros par mois. Chloé Fournier, fondatrice de Welkeys, évoque 300 à 400 euros par semaine.