Une « décision historique », selon Anne Hidalgo. Après des mois de débats houleux, le conseil de Paris a voté ce lundi à une large majorité le projet de piétonnisation des berges de Seine rive droite, fermant définitivement la voie Georges-Pompidou à la circulation automobile de l’entrée du tunnel des Tuileries (1er arrondissement) à la sortie de celui Henri-IV (4e arrondissement).

Pour officialiser cette promesse électorale, l’édile prendra début octobre un arrêté qui s’accompagnera de l’avis conforme du préfet de police de Paris, Michel Cadot, responsable de la circulation sur l’ensemble de la région parisienne. Et après ?

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« Il n’y aura pas d’aménagement lourd sur les berges »

Une promenade jalonnée de food trucks terminant sa course à l’entrée d’un bar niché sous le tunnel Henri-IV… Est-ce l’avenir de ce tronçon de 3,3 kilomètres désormais piéton 365 jours par an ? Pour le moment, l’exposition « Cap sur la Cop 22 » dédiée au sommet environnemental - qui se tiendra à Marrakech l’année prochaine - se déroule jusqu’au 15 octobre. Puis, l’endroit vivra sans artifices, ni surplus. Du moins pour le moment.

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« Il n’y aura pas d’aménagement lourd sur les berges », prévient-on d’emblée à l’Hôtel de ville. Et pour cause. Michel Cadot a assorti son avis conforme de plusieurs prescriptions, notamment sur les conditions de déplacements des véhicules de police et de secours. « Les infrastructures qui pourraient être envisagées devront, à l’instar de la rive gauche, préserver une voie susceptible d’être empruntée en toutes circonstances par ces services pour contourner les éventuelles retenues de circulation sur le haut des quais », affirme-t-il. L’Hôtel de ville prend note et s’adapte.

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« Ateliers de tai-chi » et « lieu de respiration »

Selon la Mairie, « des travaux seront réalisés à partir du mois d’octobre pour faire quelques aménagements sur le site. Malgré ces travaux, il y a aura des activités ponctuelles : surtout sportif (des ateliers taï-chi par exemple), mais aussi du culturel ». L’été sera lui marqué par le retour de stands de restauration dans le cadre de Paris Plages. Mais en attendant, la Maire souhaite en effet que les berges « ne soient pas un site en animation permanente, mais qu’il soit simplement offert aux Parisiens et visiteurs pour qu’ils se le réapproprient. C’est ce que nous observons déjà avec les joggeurs et pique-niqueurs ».

« Nous ne cherchons pas forcément à occuper le site, à l’animer en permanence : même s’il était vide, il constitue un lieu de respiration, comme un espace vert dans la ville », indique-t-on dans l’entourage d’Anne Hidalgo. Alors comment les Parisiens comptent-ils en profiter ?

Des avis partagés

Ce mardi matin, ils sont quelques-uns à emprunter la voie en courant ou à vélo. « C’est une très bonne chose. Il fallait que cet axe revienne aux Parisiens. J’habite à Bastille et je compte l’emprunter tout le temps, pour aller au travail, pour prendre l’apéro le vendredi soir et me promener le dimanche », sourit Paola, 40 ans. « Je vais passer par là tous les jours pour aller travailler », lâche Sébastien, 46 ans.

Ce mardi matin sur la rive droite
Ce mardi matin sur la rive droite - R.LESCURIEUX

Sur les quais hauts, en revanche, le discours change. « Je ne compte pas y aller. La semaine car je travaille et le week-end, je suis chez moi en banlieue », note Florence, 57 ans. « Je ne suis pas convaincue par cette mesure », conclut-elle.

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Dans ce sens, les opposants de la première heure, n’entendent rien lâcher, malgré le vote. Nathalie Kosciusko-Morizet, cheffe du groupe Les Républicains, a dénoncé au conseil de Paris un projet « conduit en force », sans concertation et qui « ne pouvait se concevoir qu’à l’échelle de la métropole ». C’est aussi « un projet mal préparé, aux effets sur la qualité de l’air bien incertains », a-t-elle ajouté.

Son recours devant le tribunal administratif pour suspendre le dispositif est toujours à l’étude. Par ailleurs, l’Association des maires franciliens appelle à la mobilisation et à bloquer les livraisons de marchandises dans Paris les 3 et 4 octobre.