Le cas de l'usine d'amiante d'Aulnay est loin d'être réglé. L'activité de broyage d'amiante a cessé en 1975 et les ateliers ont définitivement fermé leurs portes en 1991. Mais l'usine est toujours en place, au milieu des habitations, et se dégrade à vue d'oeil. Depuis, le CMMP a revendu les lieux à un promoteur immobilier qui espérait y construire onze maisons. Mais son chantier est bloqué tant que les différents acteurs ne s'accordent pas sur le procédé à mettre en place pour démolir ces bâtiments, toujours imprégnés d'amiante, et dont la toiture, constituée également de ce matériau, s'effrite. Les riverains attendent aussi un procès, dont l'instruction est en cours, pour obtenir la reconnaissance du préjudice subi.
La bataille juridique s'annonce ardue car le CMMP estime que sa responsabilité dans la contamination des riverains n'est pas démontrée, malgré l'étude de l'Institut de veille sanitaire. L'entreprise, toujours détenue par la même famille, se positionne avant tout en victime. « Je ne comprends pas pourquoi on s'en prend à une petite entreprise familiale de vingt-sept personnes », se lamente Joëlle Briot, sa PDG, avant de mettre en doute la qualité de l'étude de l'InVS. « J'émets beaucoup de réserves sur cette enquête épidémiologique. La méthode de l'InVS est incomplète, car elle a juste consisté à demander aux gens s'ils avaient habité à côté de notre usine. Ce n'est pas correct, pas éthique par rapport à nous », estime-t-elle. Elle assure qu'elle est « prête à défendre cette position devant un juge ». Un déni qui fait sourire le professeur Marcel Goldberg, épidémiologiste à l'Inserm, auteur du questionnaire d'Aulnay. « Les résultats de cette étude sont indiscutables : il y a eu des cas de cancers du simple fait d'habiter à proximité de cette usine. Le questionnaire était très détaillé, nous avons recherché toutes les sources possibles de contamination durant la vie des victimes. »
Les différents acteurs dans ce dossier, de l'Etat aux riverains en passant par le CMMP, n'arrivent pas non plus à s'entendre sur le procédé à mettre en oeuvre pour démolir l'usine amiantée. Le ministère du Travail et les riverains préféreraient un confinement du chantier, sous enveloppe hermétique, quand le CMMP et le ministère de l'Environnement préconisent un désamiantage « par dépression », c'est-à-dire par aspiration des poussières à l'intérieur de l'usine. « Forcément, c'est moins cher ! », enragent les riverains. « Ce n'est pas un problème d'argent. Mais dans une ville comme Aulnay, cela m'étonnerait que personne ne vienne découper l'enveloppe hermétique pour aller voler des outils », rétorque Joëlle Briot. Elle craint aussi que « sous une enveloppe, il fasse trop chaud pour les ouvriers. Je ne veux pas qu'ils travaillent dans ces conditions »...