C'est l'heure de vérité, et Jacques Deroo le sait. Aujourd'hui sort son livre* en librairie. L'ex-taulard ancien sans-abri, devenu éducateur y raconte son parcours jusqu'à la création de son village de l'espoir. Mais plus important, les premiers ex-SDF s'apprêtent à quitter le village ces jours-ci. Vont-ils parvenir à voler de leurs propres ailes ? Ils seront aidés par un « service de suite » et soutenus par des associations.
Les autorités publiques insistent déjà sur la réussite du projet et Christine Boutin, ministre du Logement, a promis à Deroo qu'un village de ce type serait construit par département d'ici à 2008. En Ile-de-France, cinq de ces villages sont même prévus avant la fin de l'hiver 2007. Jacques Deroo demande à voir. Et surtout, il relativise : « Ici, c'est idéal pour des travailleurs pauvres. Nous sommes l'étape qui leur manquait pour se loger et on est une bonne vitrine. Mais il reste tous les autres. » Les plus esquintés par la rue. « Rien qu'ici, il y en a 12 sur 54, dont je sais qu'ils ne pourront réintégrer un logement, prévient Deroo. Il faut donc créer d'autres types de structures. »
L'expérience d'Ivry montre que même avec les moins désocialisés, le chemin est long. « Au début, certains dormaient dehors, puis sur le seuil de leur porte, puis au pied du lit, puis finalement dans les draps », raconte Deroo. Beaucoup commencent à « se refaire à manger, à laver leur linge, à faire le sol, le lit. Et je peux vous dire qu'on n'a pas tous la même conception de l'hygiène », rigole Jacques, qui a voulu se montrer intraitable. « On a viré des mecs qui se battaient toutes les nuits, un autre pour racket, deux gars pour des propos racistes tenus contre les vigiles. J'ai moi-même accompagné une femme battue pour qu'elle porte plainte. Et puis, il faut aussi gérer l'alcool. Mais ça va mieux », rassure Deroo. Le dispositif [éducateurs, psychologues, pôle emploi, etc.] revient « moins cher que de payer des hôtels sociaux. Sans compter que ces personnes payeront bientôt Sécu et impôts. Mais c'est pour les plus abîmés que je m'inquiète. Car ce sont aussi des êtres humains. »