REPORTAGE - Un nouveau squat pour étudiants évacué à Paris...
Ils ont eu beau s'époumoner ( «Des logements pour les étudiants!»), hisser leurs drapeaux («étudier sans précarité»), défier les CRS en de gentilles mêlées (aux cris de «Chabal avec nous»), et résister de toutes leurs forces et surtout de tout leur esprit («Nous sommes dans notre bon droit»), ils n'ont rien pu faire. A 16h, Les CRS ont eu raison de leur volonté et ont pénétré
dans l'immeuble du 85 boulevard Montparnasse (6e). C'est là, dans un immeuble que l'Etat avait revendu il y a quelques mois à la compagnie d'assurance MAIF, qu'une cinquantaine d'étudiants s'étaient installés depuis cinq jours. Des étudiants lassés de ne pouvoir se loger, et qui avaient décidé de faire d'une pierre deux coups: trouver un toit, et alerter les pouvoirs publics sur le manque de structures.
«Assureur militant»
Jusqu'au bout, ils y ont crû. «Peut-être que la MAIF, qui se dit assureur militant, ne va pas oser assumer une expulsion», voulait encore croire Julien quelques minutes avant les faits. «Comme d'habitude, ils attendront 5 heures du mat' pour agir loin des caméras. C'est la France qui se lève tôt et qui n'oublie pas sa matraque», corrigeait amèrement un autre. Les forces de l'ordre n'ont pas attendu si longtemps.
Mais dès mardi matin, leur intervention se dessinait. Des ouvriers du bâtiment, se rendant sur les lieux et trouvant porte close, ont en effet cru à un cambriolage et ont alerté la police. Macaq et Jeudi noir, les deux organisations à l'origine de l'action, voulaient communiquer le lendemain, sûr de leur bon droit de rester sur place après cinq jours d'occupation. L'intervention des ouvriers, non prévue, a bouleversé leur calendrier. Et mis subitement fin à leur rêve d'offrir 40 chambres à de jeunes étudiants trop fauchés pour se payer un loyer.
«Pas squatter l'immeuble d'une personne qui a trimé toute sa vie»
Tout semblait pourtant parfaitement ficelé. Depuis des semaines, les militants préparaient leur coup, de réunions en repérages des lieux. «Trouver des logements vides, ça devient vite une obsession», explique Alex, qui a monté l'opération. «On se balade à scooter, et on regarde. Les fenêtres noircies ou au contraire les volets qui ne s'ouvrent jamais. On revient, on s'aperçoit qu'il n'y pas de passage, on mène une enquête...» Les Macaq n'en sont pas à leur premier d'essai. Dans Paris, ils occupent déjà cinq immeubles, parfois luxueux.
Sauf que trouver un immeuble inoccupé n'est pas le tout. «Encore faut-il qu'il y ait un accès facile, qu'il ne soit pas gardienné, qu'il n'y ait pas de voisins directs. Puis on doit vérifier le cadastre. On ne va pas squatter l'immeuble d'une personne qui a trimé toute sa vie», explique Jean-Marc, étudiant en master de philosophie, qui vise donc «des fonds de pension ou des grandes boîtes».
Cette fois, le plan est venu directement d'un site Internet du gouvernement, relatant la vente de ce qui fut précédemment un siège du secrétariat d'Etat à l'Economie solidaire, et de la Défenseure des enfants. On peut difficilement faire plus symbolique.
«On tuera le temps en faisant l'amour»
Vendredi après-midi, matelas, linge, ordinateurs, couvertures sont emportés sur place par camion. Il est même envisagé de se munir de poubelles déjà pleines. «Un huissier de justice peut venir à tout moment. Il faut qu'il croit qu'on est là depuis plus de cinq jours. Car au-delà de ce laps de temps, il faut une décision de justice pour nous virer», explique Manuel. «On y va en sous-marins, on a assez de bouffe pour tenir une semaine sans sortir», explique Dimitri, qui regrette seulement l'oubli du tarot et du Monopoly: «Tant pis, on tuera le temps en faisant l'amour.»
En fait, le week-end sera surtout consacré à l'installation de nouveaux étudiants. Mais au cinquième jour, réellement atteint, la police débarque. «Vous n'avez pas le droit, c'est illégal, il n'y a pas d'huissier» ont crié les étudiants. Les CRS n'ont rien rétorqué. Ils sont rentrés par les fenêtres, et les ont évacués.
Michaël Hajdenberg