Paris: Trois églises de la capitale bientôt recouvertes par des bâches publicitaires

PATRIMOINE Malgré les réticences et l’opposition de certains élus, la Ville doit acter en Conseil de Paris l’installation de bâches publicitaires sur trois églises de la capitale…

Romain Lescurieux

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La vue depuis l'église Saint-Eustache dans le 1er arrondissement de Paris.

La vue depuis l'église Saint-Eustache dans le 1er arrondissement de Paris. — P-H MULLER

Au nom du Père et du Fils et de la publicité. Pour participer au financement de travaux sur des édifices religieux, la Ville doit approuver en Conseil de Paris, ce lundi ou ce mardi, l’installation de bâches publicitaires sur la Madeleine, Saint-Eustache (1er arrondissement) et Saint-Augustin (8e arrondissement).

Dans le cadre du « plan églises »,la municipalité a débloqué 80 millions d’euros pour la mandature en cours, auxquels doivent s’ajouter 10 millions de l’État pour les paroisses classées monuments historiques et 20 millions de fonds privés. En recouvrant les échafaudages de ces lieux de culte avec de la réclame, la Mairie espère dans ce contexte en récolter trois millions. Le groupe des écolos parisiens et le Parti de Gauche ont toutefois fait part de leur vive opposition à cet « envahissement publicitaire » dans la ville.

« Une publicité pour inciter à l’achat de préservatif » ?

« Paris noyé sous la pub, ça suffit », dénonce Danielle Simonnet, conseillère de Paris et coordinatrice du Parti de Gauche. « En plus de mon opposition au recours à la publicité sur l’ensemble des monuments historiques, je désapprouve que la Ville de Paris prévoit de solliciter l’avis du curé de la paroisse et de l’évêque dans le choix des futures publicités. Ceci constitue également une atteinte à la laïcité », précise-t-elle dans un communiqué. Si Bruno Julliard, premier adjoint à la Maire de Paris, a indiqué vouloir « éviter la présence de marques qui ne seraient pas consensuelles », Danielle Simonnet ironise toutefois sur les messages qui pourraient être mis en avant. « Considérant l’attachement de la ville à la prévention contre le virus VIH et les MST », cela pourrait « conduire » la Mairie à privilégier une publicité pour inciter à l’achat de préservatif ».

De son côté, le groupe écolo de Paris qui préconise depuis plusieurs semaines l’abandon des bâches, en déplorant un patrimoine « négligé par la municipalité parisienne depuis des décennies », demande une « revoyure sur le programme d’investissement municipal » pour qu’un montant de « 20 millions d’euros supplémentaires soit consacré au plan églises ». Mais la Mairie devrait obtenir gain de cause sur ces édifices où les travaux dureront plus d’une dizaine de mois, à partir de novembre. De son côté, le diocèse de Paris salue l’initiative.

« Tout le monde a intérêt à éviter le scandale »

« C’est une bonne nouvelle. Nous avons poussé dans ce sens car il faut être responsable et pragmatique », insiste auprès de 20 Minutes, Philippe de Cuverville, directeur général des affaires économiques du diocèse de Paris. « Les églises sont en mauvais état, les ressources publiques aussi, il fallait donc trouver des solutions pour sauver ce patrimoine qui appartient à tout le monde. Les bâches publicitaires en sont une et restent moins laides qu’un échafaudage », ajoute-t-il, en rappelant que le diocèse a également mis en place une fondation « Avenir du patrimoine à Paris » pour abonder les chantiers municipaux qui a collecté près de 2 millions d’euros en deux ans. Le diocèse attend désormais beaucoup des campagnes publicitaires, qui seront étudiées de près.

Au cas par cas, pour chaque publicité potentielle, le diocèse, le curé, le maire de l’arrondissement et Bruno Julliard devront donner leur accord et détiennent un droit de blocage. « La publicité devra faire consensus. Aussi bien sur le produit que sur l’esthétisme », précise Philippe de Cuverville, en rappelant que la publicité ne doit pas dépasser 50 % de la surface bâchée. Si les chantiers de Saint Eustache et Saint Augustin ont d’ores et déjà été confiés à JC Decaux, il est toutefois trop tôt pour connaître l’identité des annonceurs. Pour Philippe de Cuverville, une chose est sûre : « Tout le monde a intérêt à éviter le scandale. Mais le bon sens et le respect devraient l’emporter ».