Ecole Thot: Des cours de français, pour redonner une voix aux réfugiés

EDUCATION Il y a une semaine avait lieu une rentrée des classes bien particulière : l’ouverture officielle à Paris d’une école diplômante de français, destinée aux réfugiés et demandeurs d’asile…

Jessica Martinez

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Le 11 juin, rencontre entre les professeurs et les élèves, à l'occasion de la pré-rentrée de Thot.

Le 11 juin, rencontre entre les professeurs et les élèves, à l'occasion de la pré-rentrée de Thot. — Thot

« Le premier jour était très touchant », se souvient Imaad Ali, Directeur pédagogique de l’école. « La grande majorité de nos élèves sont arrivés avec une bonne demi-heure d’avance. Certains étaient même venus repérer les lieux la veille », ajoute ce professeur de Français langue étrangère dans une école de commerce parisienne, encore admiratif de l’implication des élèves recrutés.

Le 11 juin, lors de la rencontre entre les professeurs et les élèves, à l'occasion de la pré-rentrée de Thot.
Le 11 juin, lors de la rencontre entre les professeurs et les élèves, à l'occasion de la pré-rentrée de Thot. - Thot

« C’était un moment très beau. Nous avions des traducteurs pour le premier jour. Dès qu’une phrase était traduite, elle était accueillie par des applaudissements de la part des apprenants », nous explique dans un grand sourire Héloïse Nio, Vice-présidente de Thot.

« L’hébergement ce n’est pas grave (…).Mais où est-ce que je peux apprendre le Français ? »

Cette école de français destinée aux réfugiés et demandeurs d’asile, qui emprunte son nom au dieu du savoir de la mythologie égyptienne, est née en octobre 2015 à Paris de la rencontre de trois jeunes femmes, par ailleurs engagées à titre bénévole dans l’accueil des réfugiés. Une expérience de « terrain », qui leur permet alors de réaliser que l’apprentissage de la langue constitue l’un des besoins les plus urgents pour les réfugiés, souvent ignoré. « Un jour un ami réfugié a vu sa solution d’hébergement prendre fin. Quand je lui ai demandé comment je pouvais l’aider pour trouver un autre endroit où loger, j’ai été saisie par sa réponse. " L’hébergement ce n’est pas grave, je me débrouille. Mais où est-ce que je peux apprendre le français ? " » raconte Héloïse Nio, Vice-Présidente et co-fondatrice de l’école avec Judith Aquien et Jennifer Leblond.

Quatre classes de 42 élèves, et un objectif : le diplôme

Très vite, mus par le même désir d’aider les réfugiés, les trois fondatrices s’organisent, et l’école Thot prend forme : cinq professeurs diplômés et rémunérés, une dizaine de bénévoles parmi lesquels une psychologue et une conseillère d’orientation, un programme et un emploi du temps spécialement conçu pour les réfugiés, et des cours prévus en dehors des heures de démarches administratives. En quelques jours, 66.000 euros sont récoltés grâce à une campagne de crowdfunding et un appel aux dons. De quoi d’ouvrir 4 classes le lundi 13 juin, et recruter 42 élèves, pour une première session de 160 heures de cours, répartis sur 16 semaines. Et à la clé, un diplôme reconnu : le DELF (Diplôme d’Etudes en Langue Française).

« Leur apprendre qu’il y a un "après" »

« Le français est nécessaire pour les démarches administratives bien sûr, pour les rendez-vous chez le médecin, etc. Mais pas seulement : la langue est un droit. Sans une langue, on ne peut être intégré dans aucune société, on ne peut pas aller vers l’autre », ajoute Kamila Sefta, maître de conférences à l’université Sorbonne Nouvelle, et professeur du groupe des « grands débutants » à Thot.

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Aller vers l’autre, mais aussi « reprendre confiance », comme nous l’explique Hanae El Bakkali, la psycho-praticienne de l’école. « Ce sont des gens arrachés, en rupture de lien, qui ont tout quitté, avec parfois un bagage émotionnel et des parcours très durs à porter. Notre rôle va être de leur apprendre qu’il y a un « après », et que si on ne peut pas couper complètement avec son passé, on peut le prendre par la main et laisser partir la culpabilité ». Un « après » qui se dessine pas à pas, à travers les contours d’une salle de classe, avec au bout, un rêve, joliment résumé par Hanae El Bakkali « Récupérer leur parole, et leur redonner non seulement le sourire, mais aussi, et enfin !, le sentiment d’être pleinement accueillis ».

Pour faire un don à l’école Thot, c’est par ici: http://thot-fle.fr/. Pour devenir bénévole, c’est pas là : benevoles@thot-fle.fr

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