Paris: Un trop plein de logements vides ou sous-occupés dans la capitale?

LOGEMENT L’Insee recense 97.000 résidences secondaires et 100.000 logements vides à Paris. Des chiffres qui énervent les élus communistes, qui veulent une hausse des taxes sur ces logements qui échappent aux Parisiens…

Fabrice Pouliquen

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L'île Saint-Louis à Paris.

L'île Saint-Louis à Paris. — Chauveau/SIPA

« C’est du 50-50 », résume Pierre Hamanou lorsqu’on lui demande la motivation des acheteurs qu’il voit passer dans son agence immobilière sur l’île Saint-Louis. 50 % achètent leur appartement pour en faire leur résidence principale, l’autre moitié pour une résidence secondaire. » Un équilibre qui bascule dès que le bien est sur le front de Seine et à vue sur Notre-Dame. « Quai de Béthune ou quai d’Orléans par exemple, évoque une autre agent immobilière qui travaille également dans ce secteur. Là, on peut parler d’un micro-marché axé sur le pied-à-terre. »

« Une pied-à-terrisation qui touche les neufs premiers arrondissements »

Posée entre deux rives, en plein cœur de la capitale, l’île microscopique est souvent prise en exemple pour illustrer le phénomène de « pied-à-terrisation » à Paris. Autrement dit, « l’achat d’appartements par de riches investisseurs ou de riches étrangers en vue d’en faire leur résidence secondaire qu’ils occupent quelques mois dans l’année, définit Sophie Chevalier, auteure en 2013, avec Sophie Corbillé et Emmanuelle Lallement, deux autres ethnologues, de « Paris, résidence secondaire. Enquête chez les habitants d’un nouveau genre ».

Le phénomène n’est pas nouveau, mais interpelle de plus en plus le groupe PCF-Front de Gauche au conseil de Paris. « C’est que cette pied-à-terrisation ne se limite pas à l’île Saint-Louis, indique Jacques Baudrier, élu PCF qui suit de près ce dossier. Tous les arrondissements du centre de Paris sont concernés. Du 1er au 9 et avec un record pour le 7e arrondissement*. »

97.000 résidences secondaires, 100.000 logements vacants

L’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) évalue à 97.276 le nombre de résidences secondaires à Paris en 2012, date du dernier recensement sur la question. Soit une hausse de 20 % par rapport à 2007. La capitale en comptait alors 80.931. Une goutte d’eau par rapport aux 1,3 million de logements que compte Paris ? « Pas vraiment si on prend en compte qu’il y a 600.000 personnes qui cherchent un logement en Ile-de-France, dont 200.000 à Paris », répond Jacques Baudrier.

Surtout, ces résidences secondaires s’ajoutent aux 100.699 logements vacants répertoriés par l’Insee en 2012. Un nombre cette fois-ci en baisse par rapport à 2007 où il y en avait 116.087. « Dans ces 100.000 logements, 40.000 ne sont même plus raccordés à l’électricité, assure Jacques Baudrier. Certains sont certes en instance de démolition, mais il y a aussi bon nombre de logements dont les propriétaires ne font plus rien. »

Augmenter les taxes pour inciter les ventes ou la mise en location

Pour contenir ce phénomène, le conseil de Paris a voté cette semaine, sur proposition du groupe communiste, le principe d’une forte hausse de la surtaxe sur les résidences secondaires. De 20 %, cette surtaxe, que doivent payer les propriétaires de ces pied-à-terre en plus de la taxe d’habitation, passerait à 100 % si le parlement donne son accord. C’était déjà les communistes au conseil de Paris qui avait poussé à la création de cette surtaxe fin 2014. Elle avait permis à la mairie de Paris de récolter 20 millions d’euros.

En parallèle, le conseil de Paris a aussi voté cette semaine le principe d’une hausse des taxes sur les logements vacants. Au bout d’un an sans occupation, un appartement est actuellement taxé à hauteur de 12,5 % de sa valeur locative cadastrale, puis 25 % la deuxième année. Le conseil de Paris souhaite porter ces taux à 50 % et à 100 %.

Pas les bons leviers

Outre générer de nouvelles recettes pour la ville, l’objectif de ces deux hausses est d’inciter les propriétaires de ces logements vides ou sous-occupées de vendre leur bien ou de le mettre en location. Thierry Delessale, de la chambre des notaires de Paris, doute de l’efficacité de ces deux mesures. « Le marché immobilier est déjà tellement taxé, estime-t-il.Aujourd'hui, des propriétaires ne veulent pas vendre parce que les taxes sur les plus-values sont trop élevées. Et ils ne veulent pas non plus louer car ils craignent les complications, notamment les difficultés à expulser un locataire qui ne paierait plus son loyer. C’est sur ces deux volets qu’il faudrait d’abord agir pour encourager la vente ou la mise en location de ces logements vides. »

*Selon les chiffres compilés par l’Apur (Atelier parisien d’urbanisme), le 7e est l’arrondissement qui compte le plus de résidences secondaires et de logements occasionnels. 6.788, soit 17,4% du parc immobilier de l’arrondissement. Suivent le 6e, avec 6.289 résidences secondaires, et le 8e, qui en compte 5.224.

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