Les auteurs du « Lexik des cités ».
Il vous arrive souvent de vous « taper des barres » (avoir un fou rire) entre vous ?
Tout le temps. A cause de nos parents ou de nos tenues vestimentaires...
Et d'« être en chien » (s'ennuyer) ?
Non, pour s'ennuyer, il faut qu'il n'y ait personne et ça arrive rarement. On est soit entre amis, soit chez nous, avec la famille.
Quels sont les mots d'arabe que vous kiffez le plus ?
« Bellek » ou « Hendek », qui veulent dire fais attention. « Wesh » c'est-à-dire salut. Avoir le « seum », c'est avoir la rage. Et surtout « salamalekoum » !
Comment expliquez-vous que « collège » signifie prison ?
La prison, ce n'est pas quelque chose de lointain. On connaît du monde qui a fait de la garde à vue...
« Ma couille » (mon pote), c'est directement issu de la vulgarité française ?
Ce n'est pas vulgaire ! C'est comme merde. Si on prend le sens premier, c'est dégueu, mais « ma couille » c'est affectueux dans un usage différent.
Un mot comme « cuisse » pour dire fille, seuls les garçons l'utilisent ?
Entre filles, on ne dira jamais « cuisse ». C'est vrai que les gars passent leur temps à se la raconter par rapport aux filles. Nous, on n'a pas le temps de parler d'eux !
« Daron » (père) vient du vieux français...
On a découvert des étymologies parfois impressionnantes pour nous. « Daron », c'est le mélange de baron et de dam, qui signifiait roi ou reine, et nous, on l'utilise pour parler de nos parents...
Quels sont vos mots préférés dans ce lexique ?
« Foyi », venu du Mali, qui veut dire rien. « Frère », car entre nous, on a de l'amour comme pour un frère...
D'après votre ouvrage, « gueut » est dérivé de tag...
Oui, on a fait des recherches étymologiques : tag a donné « gueuta » en verlan, puis « gueut ». En tant que grapheurs, on sait de quoi on parle !
On trouve aussi des mots comme « sale » pour génial. C'est du français détourné ?
C'est un glissement de sens : un mot peut vouloir dire son contraire. On crypte le langage.
Quels lecteurs visez-vous ?
Nos potes, nos parents, nos profs et ceux qui ne connaissent pas la banlieue. On veut leur dire : regardez, on n'est pas si vulgaire que ça. Il y a de l'humour et de l'histoire dans ce langage.
Vous voulez devenir une référence...
Absolument pas. On ne représente que nous. C'est un travail de trois ans, authentique, fait sur la banlieue par des jeunes de banlieue.