Dr Patrick Fouilland Président de la Fédération des acteurs de l'alcoologie et de l'addictologie.
Pourquoi parle-t-on si peu du rapport des SDF à l'alcool ?
C'est un sujet qui reste tabou. On n'en a jamais parlé pendant l'occupation du canal Saint-Martin, peut-être parce que personne ne veut stigmatiser cette population plus qu'elle ne l'est déjà. Le problème est pourtant massif. Sous alcool, on ne ressent pas la faim, le froid, la douleur physique et morale. Les SDF comme tous les alcooliques ont beau savoir que cela mène à une impasse, ils privilégient la solution immédiate. Et certains peuvent boire plusieurs litres de vin par jour.
Que peuvent-ils faire ?
Pour sortir de la rue, il faut pouvoir arrêter l'alcool. Et pour pouvoir arrêter l'alcool, sortir de la rue. C'est donc très compliqué. Et on ne peut enlever la béquille de l'alcool sans une dynamique de réinsertion : un toit, un minimum d'hygiène de vie, etc. Il faudrait créer des sas d'accompagnement. Même des gens insérés peuvent mettre des années à arrêter. Alors imaginez des gens désocialisés ! Surtout que les foyers d'hébergement ne sont pas dotés de structures médicales.
Ces démarches de sevrage sont-elles viables à long terme ?
Ces gens qui étaient seuls ont trouvé de la puissance dans un mouvement collectif. Mais un sevrage qui serait entamé sans préparation ne pourrait pas fonctionner. Il faut avoir des perspectives, un projet. Pourquoi ne pas imaginer un système de parrainages ? Le sevrage alcoolique est lourd. C'est le seul sevrage dont on peut mourir. Et ce n'est jamais gagné : l'alcoolisme est l'affaire d'une vie.