Marco, une des figures du canal Saint-Martin, aujourd'hui devenu travailleur social, raconte comment il a arrêté de boire depuis quatre mois.
« J'ai 43 ans, dontvingt-cinq d'alcool. A 20 ans, je travaillais dans une brasserie. Après le service, on buvait. Mais je n'y faisais pas attention. Et puis un jour, en 1990, j'ai été pris de tremblements. Le gérant m'a dit : " Sers-toi un verre de blanc. " Le remède est devenu quotidien. Ça m'a coûté une relation sérieuse avec une nana, pas mal de violences et leurs conséquences. Je me suis retrouvé à habiter une tente sous le périph. Je continuais de bosser mais il me fallait deux ou trois bouteilles de rosé au réveil. Sur le canal, je buvais trois litres de whisky par jour, sans compter le rosé et la bière. Je mange bien, ça éponge. Comme représentant des SDF du canal, j'ai rencontré des ministres. J'y allais en ayant bu assez, mais pas trop. Et puis au ministère aussi on buvait ! J'ai entamé une reconversion pour aider les SDF, mais je continuais de picoler. Et puis un jour j'avais dû avaler 4 à 5 litres de whisky, je suis tombé, je me suis ouvert l'arcade. J'étais à 4,2 grammes. J'ai dit " j'arrête ". Au début, j'étais en nage, enfermé. Ça a fini par passer. Mais au bout de deux mois, j'ai eu des problèmes psychiques, je devenais agressif. Alors j'ai recommencé un peu : mon corps réclamait. Et puis il y a quatre mois, j'étais en train de boire et je me suis dit : " T'as retrouvé ta femme, du boulot. Tu vas pas tout gâcher..." Je suis sorti, j'ai arrêté un taxi, et crié : " Aux urgences ! " A Nanterre, j'ai fait une cure de sevrage de quinze jours. Beaucoup de Valium pour commencer puis des vitamines et surtout, j'ai été très bien entouré. Depuis, c'est couscous-Contrex. Avant je mettais tout mon fric dans l'alcool. Maintenant, j'épargne. Je reprends du plaisir à manger du chocolat, boire un café. Des choses qui étaient devenues machinales. Comme faire l'amour. Avant, je crachais mes glaires, ma vue baissait, je dormais mal. Aujourd'hui, je prends toujours des cachets, mais je revis. »