Miloud veut sortir de son « trou ». Un « trou » dans lequel il vit depuis des années, sous le pont d'Austerlitz (13e). En cassant un mur de pierre, il a récupéré un ancien local à outils de la SNCF laissé à l'abandon. Il en a fait sa tanière, une sorte de minuscule cave sans lumière qu'il partage avec un autre SDF et deux chats, « pour empêcher les rats et les souris de rentrer ». Il boit dedans. Il boit dehors. Il boit sans cesse. « Pour que j'arrête de picoler, il faut que je sois coupé de mes amis de la rue, explique-t-il. J'ai déjà vu un psy il y a longtemps. Il m'a donné des cachets. Mais ça n'a servi à rien. Je les jetais car, dans la rue, la tentation est trop forte. » Alors quand il a entendu que Marco avait réussi à se défaire de ce « poison », il a décidé d'aller le voir. « Je veux arrêter pour moi et pour ma famille. Mon fils et mes cousins sont musulmans. Ils m'encouragent. » Miloud a l'air sincère. Et pourtant, il doute. Marco, venu le chercher mardi dernier pour le conduire à une consultation de sevrage à l'hôpital, l'encourage. « Tu vas y arriver ! Regarde-moi : je buvais encore plus que toi. » Marco s'enquiert : « Tu n'as pas trop picolé ce matin ? » Miloud, rassurant : « Non, non, juste ce qu'il faut pour tenir. Cinq bières. D'habitude je commence par du rouge, puis c'est bière-bière-bière, et après whisky, vodka, tout ce poison qui détruit le cerveau. »
Miloud a décroché une promesse d'embauche chez Alstom grâce à son CAP de technicien supérieur en soudure. Il doit commencer en novembre, mais chaque matin, il tremble. « Je suis incapable de tenir une tasse de café. Mais là, je ne peux pas laisser passer cette chance. » Miloud a bu son premier verre à 18 ans, après un chantier. « T'en as pas marre du diabolo menthe ? », lui a demandé un pote ouvrier. Miloud a pris une bière, a « dégueulé ». Mais s'est habitué. « Au Cointreau - ma première cuite - puis au café-calva ou au café-rhum avant le boulot. » Au milieu des années 1990, il plonge complètement après avoir perdu accidentellement un de ses fils, puis sa femme.
Il ya quelques années, et pour stopper net, il part voir sa famille en Algérie, pays où on ne boit pas d'alcool. « Mais je n'étais pas bien, agressif. Un jour, j'ai craqué et acheté une bouteille d'alcool à 90° que j'ai mélangé avec du coca. Ma famille a pris peur. » Son frère le renvoie en France avec ordre de se faire soigner. Mais dès l'avion, il commande de la vodka. Retour au « trou » muni d'une déprime et d'un RMI qu'il claque en trois jours tous les mois. « Si on me tend un ticket resto à 6 euros, je vais le revendre 5 euros pour pouvoir acheter de l'alcool. C'est rare que je mange. Un bout de pain me suffit. »
A l'hôpital Saint-Antoine, on lui a proposé de l'hospitaliser « chez les fous » ou en ambulatoire (sans dormir à l'hôpital). « La tentation serait trop forte dans la rue. » Il a donc fait des demandes de cure dans d'autres hôpitaux. En espérant une réponse positive.