Pour l’emplacement ce cette future église orthodoxe, on peut difficilement faire mieux… Elle se situera à deux pas de la tour Eiffel.
Pour l’emplacement ce cette future église orthodoxe, on peut difficilement faire mieux… Elle se situera à deux pas de la tour Eiffel. - WILMOTTE & ASSOCIÉS

« On ne communique pas »… La réponse est à chaque fois la même, que l’on sonde le cabinet d’architecte Wilmotte & Associés choisi pour ce projet, Bouygues Construction, l’ambassade de Russie… Personne ne veut parler de la pose, ce samedi matin, du dôme central sur le toit de l’église orthodoxe que Vladimir Poutine fait construire quai Branly… Pourtant, c’est un événement clé d’un futur bâtiment qu’on ne pourra pas manquer dans le ciel parisien. 20 Minutes fait le point.

De quel bâtiment parle-t-on ?

On parle des anciens quartiers de Météo France. Pour l’emplacement, difficile de faire mieux. Le site est situé quai Branly, à la sortie du pont de l’Alma. A deux pas de la tour Eiffel. Depuis 2009, le terrain, de 4.240 m² est propriété du Kremlin qui a entrepris d’y construire un centre spirituel et culturel orthodoxe. Ce projet comprend un centre paroissial (avec bureaux et appartements meublés), une école primaire franco-russe, un centre culturel comprenant une librairie, des salles d’exposition et un café. Et donc une église orthodoxe, élément central de ce programme immobilier.

En quoi consiste l’opération de ce samedi ?

Il s’agira de débuter la pose des cinq dômes prévus sur le toit de cette future église orthodoxe. C’est l’élément clé de l’architecture du bâtiment, celui qui accrochera en premier le regard des passants. Jean-Michel Wilmotte, l’architecte, en parle comme « un phare urbain dans le paysage parisien »… Construits par Multiplast, une entreprise vannetaise et acheminés par convoi exceptionnel à Paris, ces dômes seront constitués de vingt pétales qui seront dorés.

Ce samedi, il ne s’agira « que » de poser le dôme central. Pas une mince affaire. Il pèse neuf tonnes, fait 12 mètres de haut et 11 m de diamètre. L’opération, chapeautée par Bouygues Construction, devrait prendre toute la matinée. L’ avenue Rapp sera fermée à la circulation ce vendredi et ce samedi, de la place de la Résistance à la rue de l’Université.

Pourquoi une église orthodoxe à deux pas de la tour Eiffel ?

Le dossier est suivi de très près au Kremlin qui y a investi 170 millions d’euros au total, rappelle Le Monde. « Si Vladimir Poutine tient à avoir son église à Paris, c’est que l’enjeu n’est pas seulement spirituel mais géostratégique », écrivait le magazine Vanity Faire, en 2011, dans une grande enquête consacrée à la genèse du projet. C’est que l’église orthodoxe est composée de 14 fédérations indépendantes, chacune représentant une langue ou un pays. L’église orthodoxe de Russie dispute de longue date au patriarcat œcuménique de Constantinople, une autre de ces 14 fédérations, la suprématie religieuse.

Jouerait-on donc, au cœur de la capitale, à celui qui a la plus grosse chapelle en plein Paris ? Nicolas Kazarian, chercheur à l’Iris, spécialiste du monde orthodoxe, ne va pas jusque-là. « Mais, ce qui est certain, c’est que ce nouvel édifice va poser l’église russe comme un acteur majeur dans le paysage orthodoxe français (500.000 fidèles environ) mais devrait aussi contribuer à son rayonnement plus largement en occident. C’est un moyen de promouvoir le soft power russe. »

Un dossier gênant pour la diplomatie française?

Ce projet a obtenu un soutien inconditionnel : celui de Nicolas Sarkozy, sous la présidence duquel a été signet l’acte de vente du site. Les débuts ont été difficiles. «L'une des craintes étaient que les services secrets russes se servent du site pour intercepter des communications », indique Nicolas Kazarian. Selon Le Monde, les services du renseignement français auraient obtenu  que des systèmes de brouillages soient déployés sur la zone.

Le projet a aussi coincé sur le plan architectural. La première esquisse de l’architecte espagnol d’origine russe Manuel Nunez Yanowski, qui prévoyait une immense canopée de verre, a rencontré la nette opposition de Bertrand Delanoë, à l’époque maire de Paris.Trop haut, trop visible, inadaptée au site…

Le projet est finalement confié à l’architecte Jean-Michel Willemotte et François Hollande, arrivé à l’Elysée, nomme un groupe de travail, associant Russes et Français, pour aplanir les difficultés. La nouvelle copie plaît bien plus, tant au gouvernement qu’à la mairie de Paris. De quoi satisfaire tout le monde ? « Le projet est bien plus respectueux de l’environnement », indique-t-on en tout cas aujourd'hui à la mairie de Paris. 

Quand sera achevée cette église ?

En principe les travaux devront être achevés avant la fin de l’été, dit-on à l’ambassade de Russie à Paris. L’inauguration, elle, devrait se tenir à l’automne en présence, si possible des présidents russes et français.

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