Frédéric Mériot, directeur général des Puf devant l'Espresso book machine, qui permet d'imprimer des livres à la demande.
Frédéric Mériot, directeur général des Puf devant l'Espresso book machine, qui permet d'imprimer des livres à la demande. - F. Pouliquen / 20 Minutes

Les Puf sont de retour à Paris. Et mieux encore dans le quartier Latin. Les Presses universitaires de France, la maison d’édition qui édite les célèbre « Que sais-je », ouvre samedi une librairie de 72 m² au 60 rue Monsieur-le-Prince. Dix-sept ans après avoir fermé les portes de leur unique boutique parisienne. Leur unique boutique tout court.

« Un déchirement, évoque aujourd’hui Frédéric Mériot, directeur général des Puf. Contribuer à la diffusion des ouvrages fait aussi partie du travail d’une maison d’édition. Mais faire vivre une librairie de 600 m² place de la Sorbonne était impossible financièrement. »

Des livres imprimés sur place en quelques minutes

Le contexte économique n’est guère plus favorable aujourd’hui.Le Motif, l’observatoire du livre et de l’écrit d’Ile-de-France, a recensé à Paris huit ouvertures de librairies pour seize fermetures et dénombre aujourd’hui quelque 300 libraires indépendants. Soit 5 % de moins qu’en 2011.

Mais les PUF reviennent avec une drôle d’innovation. On pourra s’y asseoir, lire, travailler ou boire un café comme bon nombre de librairies. Mais on pourra aussi profiter de l’Espresso book machine, un gros ordinateur associé à une imprimante toute aussi imposante qui occupe le fond de la boutique.

« Elle permettra l’impression de livres à la demande, annonce Frédéric Mériot. La technologie vient des Etats-Unis et a été reprise il y a trois ans, à Paris, au sein du Fablab Ireneo, partenaire des PUF sur ce projet. « Il y a déjà cinq machines en France installées dans des écoles de graphismes et d’imprimerie, indique Frédéric Mériot. C’est la première fois en Europe qu’on testera cette machine en situation commerciale*. »

Trois millions de livres à imprimer

Les PUF misent beaucoup dessus. Concrètement, l’Espresso Book machine permettra d’éditer en quelques minutes un livre que le client aura choisi quelques instants plutôt sur l’une des tablettes numériques mises à disposition dans la librairie. Le choix est large. Les PUF proposent dans cette bibliothèque numérique les 5.000 titres qu’elle édite ainsi que trois autres millions d’ouvrages du domaine public mondial, dans toutes les langues.

« La machine produit 110 pages par minute, poursuit Alexandre Gaudefroy, chargé de mission au PUF. Comptez environ cinq minutes pour un livre de 600 pages, trois minutes pour un Que sais-je ?.» Le rendu est semblable à un livre classique si ce n’est que la couverture est vernie au lieu d’être pelliculée. Le tarif reste inchangé puisque soumis à la loi Lang, instaurant un prix unique du livre.

Finis les invendus

Pour le lecteur, cela ne change donc pas grand-chose. Le libraire, lui, peut espérer d’importantes économies. Le coût de l’impression est plus élevé à l’unité, mais en contrepartie, nous travaillons sans stock, poursuit Frédéric Mériot. Ce qui veut dire aucun retour de livres, aucun invendu, aucun transport. Ces étapes coûtent cher à un libraire et représentent une bonne partie du bilan carbone de la production d’un livre. »

De quoi relancer l’économie des libraires ? « C’est une piste très intéressante, note en tout cas Bruno Julliard, adjoint à la culture à la mairie de Paris. Il faut souvent se montrer innovant pour faire vivre sa libraire à Paris où la cherté des loyers est souvent problématique pour ces commerces. »

Un coup de pouce de la mairie

Sur le loyer justement, les PUF bénéficient d’un sérieux coup de pouce de la mairie de Paris, dans le cadre de Vital’Quartier, un dispositif qui favorise le maintien et le développement des commerces de proximités dans les quartiers de la capitale qui en ont besoin. Rue Monsieur-le-Prince, la librairie des Puf s’installe dans des locaux de la ville pour un bail court de deux ans, avec un loyer deux fois en dessous du prix du marché.

*Un autre modèle de machine est toutefois exploité depuis septembre dans une librairie de Viroflay (Yvelines) par Orsery. « Nous travaillons déjà avec trois grandes maisons d’éditions, précise Christian Vie, le fondateur de la startup. Le groupe Lamartinière, Dargaud pour faire de la BD, ou encore Interforum. » Orsery prévoit de déployer 500 de ses machines capables d’imprimer des livres à la demande d’ici les trois prochaines années.

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