Le domaine de Grignon, avec son château qui a fière allure, est un pôle important de recherche agronomique.
Le domaine de Grignon, avec son château qui a fière allure, est un pôle important de recherche agronomique. - F. Pouliquen / 20 Minutes

Il faudrait au minimum treize terrains de football plus des bâtiments pour loger des apprentis footballeur, installer un centre médical et de recherche et un espace pour les médias. Et pourquoi pas, même, un hôtel, un restaurant et une boutique. A l’étroit dans son Camp des Loges, à Saint-Germain-en-Laye, le PSG veut se doter d’ un nouveau camp d’entrainement pour lequel il serait prêt à débourser 300 millions d’euros. C’est que ce futur QG doit être à l’image du PSG version qatari et rivaliser avec les infrastructures des meilleurs clubs européens.

Grignon en pôle position

Dans les Yvelines, où le club a ses habitudes, les sites pouvant accueillir le PSG se comptent sur les doigts de la main. Un ferait la course en tête : le domaine de Grignon, un parc de 300 hectares, aménagé autour d’un château qui a de l’allure, à Thiverval-Grignon à 40 kilomètres de Paris.

Le ministère de l’Agriculture, propriétaire des lieux, est vendeur. Depuis 150 ans, le domaine de Grignon était occupé pour l’essentiel par Agroparitech, école d’ingénieurs agronomes qui y forme ses étudiants de première année (300 environ), ainsi que par des laboratoires de recherche de l’ Inra (Institut national de recherche agronomique). Mais tout ce petit monde doit déménager en 2020 vers le giga campus international de Saclay.

Un fleuron de l’agronomie française

Parfait pour le PSG ? C’était sans compter le collectif pour sauver le domaine de Grignon, lancé en décembre. D’abord timide -une première manifestation n’a fédéré que 150 personnes en janvier-, « l’opposition prend peu à peu de l’ampleur, assure Therry Dolleans, militant local d’EELV. Nous devrions être bien plus lors de notre prochaine manifestation, le 12 mars, et une pétition lancée en ligne vient de dépasser les 15.000 signatures. »

Dans le collectif, on trouve des riverains, l’association Yvelines Environnement, des anciens élèves d’AgroParistech, mais aussi des représentants syndicaux du personnel enseignant et des chercheurs de l’Inra… Le problème n’est pas tant le PSG. Le collectif s’indigne d’abord contre le projet du ministère de l’Agriculture de vendre un des fleurons de l’agronomie française. « Il y a ici des pôles très en pointe sur l’agro-écologie et le cadre est ici parfait pour mener les expérimentations », explique Cyril Girardin, de la CGT Inra. « Surtout, depuis 2000, l’Etat a investi des millions d’euros pour construire ici des bâtiments de recherches, ajoute Cyrille Barrier, de la Syac*-CGT. Que va en faire le PSG ? C’est de l’argent public gâché ! »

La crainte d’une « bunkerisation »

Le domaine de Grignon ne se résume pas non plus à la recherche agronomique. Michel Chartier, trésorier d’Yvelines Environnement, cite d’autres raisons de s’opposer à un rachat du site par le PSG. « Le château de style Louis XIII, classé monument historique, un arboretum [jardin botanique] créé en 1873, une halle construite par l’architecte Camille Polonceau, classée elle-aussi et puis surtout La Falunière, un des plus beaux sites géologiques d’Ile-de-France sur lequel travaillent encore aujourd’hui de nombreux scientifiques. » Quel accès aura le public à ce site une fois privatisé ? C’est l’une des préoccupations du collectif qui craint une « bunkerisation » du domaine. Surtout, si c’est le PSG qui achète.

Contacté par 20 Minutes, le PSG, qui a deux autres solutions pour son futur camp à Poissy et Saint-Germain-en-Laye, indique qu’il prendra une décision avant la fin de l’hiver. En attendant, le collectif pour sauver le domaine de Grignon monte un projet alternatif. Leur idée ? « Créer un centre international d’échanges et de formation pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement de demain. Dans la lignée de la Cop 21.

* Syndicat national du ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pèche.
 

Mots-clés :