Navya présente son véhicule électrique sans chauffeur à Paris, le 30 septembre 2015.
Navya présente son véhicule électrique sans chauffeur à Paris, le 30 septembre 2015. - ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Des minibus sans chauffeurs pour transporter des voyageurs d’une gare parisienne à l’autre. L’idée vous paraît incongrue ? Pas tant que ça. Jean-Louis Missika, adjoint à la mairie de Paris en charge de l’urbanisme, qui travaille sur ce dossier avec Christophe Najdovski, l’adjoint aux transports, avance même une date dans une interview au Journal du Net : 2020. « Ce qui nécessitera de lancer des expérimentations bien avant », précise-t-il à 20 Minutes.

D’ici 2020, il faudra lever quelques freins. Ces navettes autonomes ne sont même pas encore autorisées à rouler sur la voie publique. Mais la technologie existe bel et bien et le projet européen Citymobil 2 multiplie les expérimentations un peu partout. « Il y a eu La Rochelle toute fin 2014, puis Lausanne, en Suisse, Vantaa, en Finlande, Bordeaux ou encore Nice en ce moment, liste Xavier Salort, responsable commercial d’Easymile, l’un des constructeurs français de ces véhicules sans chauffeurs, avec Navya, un concurrent.

Une solution sur le dernier kilomètre

Que ce soit EZ10 d’Easymile ou la Naya Arma, on parle à chaque fois de mini-bus 100 % électriques pouvant transporter au maximum quinzaine de personnes et atteindre une vitesse de 45 km/h. Leur principal atout est de ne pas avoir besoin d’infrastructures au sol. « Il suffit de rouler une première fois en mode manuel pour cartographier l’environnement et permettre au véhicule d’assimiler le trajet », explique Xaver Salort. Les caméras embarquées et le système GPS font le reste ensuite. Il y a aussi une batterie de lasers pour détecter les obstacles non prévus sur la route.

En théorie, ces minibus sans chauffeur peuvent assurer n’importe quel trajet. Mais leurs constructeurs disent réserver leur technologie à des niches bien précises. Ils prospectent d’abord les grands sites privés où les distances se parcourent difficilement à pied. « Les sites industriels, les parcs d’attractions, les hôpitaux… », liste reprend Henri Coron, directeur commercial de Navya.

L’autre terrain de jeu des navettes autonomes, c’est le dernier kilomètre. « Toutes ces petites distances pour lesquelles aucune solution de transport en commun existe, ce qui pousse d’ailleurs bien souvent à prendre son véhicule personnel, reprend Henri Coron, directeur commercial de Navya. Entre votre domicile et la plus proche station de métro par exemple. » Citymobil 2 a testé d’autres configurations. A Vantaa, les bus sans chauffeurs faisaient la navette entre une gare et le site d’un salon éphémère. A Lausanne, il s’agissait de transporter des étudiants de la station de métro à l’entrée du campus aux différents bâtiments de l’université.

Tout un ensemble de liaisons à améliorer à Paris

A chaque fois donc, il s’agit de combler un manque de transport ou, du moins d’être un complément aux solutions existantes. Les constructeurs français sont pointilleux sur ce point : « Il ne s’agit en aucun cas de détruire des emplois. » A Paris, pourtant, Jean-Louis Missika évoque ces navettes autonomes dans un cadre plus large, sur des liaisons qu’assurent déjà des taxis ou des transports en commun.

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Entre les gares TGV de la capitale donc, des liaisons qu’Anne Hidalgo avait promis d’améliorer lors des dernières municipales. « Mais ces bus sans chauffeurs pourraient aussi faciliter l’accès de l’hôpital de la Pitié-Salpétrière ou améliorer la desserte le week-end d’un certain nombre de sites dans les bois de Boulogne et de Vincennes, détaille Jean-Louis Missika. L’élu évoque aussi la gare Rosa Parks, tout juste inaugurée dans le 19e arrondissement et appelé à devenir un nœud ferroviaire important du Grand Paris. « Il faudra la relier efficacement à la gare du Nord. » Là encore, un système de navettes autonomes pourrait être la solution.

« Bien sûr que cela va détruire des emplois »
Christian Delomel, président de la Chambre syndicale des artisans taxis parisiens (CSATP), ne croit pas aux discours des constructeurs de navettes sans chauffeurs, pour qui leur technologie ne serait pas destructrice d’emplois. « Les taxis vivent aussi de ces petites courses, explique-t-il. Celles que nous faisons entre les gares notamment. La menace est réelle et englobe aussi les projets de véhicules sans chauffeurs que développe notamment Google. Tokyo annonce des véhicules-taxis sans chauffeurs pour les JO de 2020. Plus de la moitié de Paris va être limitée à 30 km/h. Cela aussi favorise l’essor de ces voitures et bus autonomes. Il y aura un trop-plein de chauffeurs de Paris. Voilà pourquoi nous demandons à l’Etat l’indemnisation des licences achetées par des artisans, il y a quelques années, des centaines de milliers d’euros. »

 

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