L'équipe du Soixante-Quinze, un nouveau mensuel de reportage axé sur Paris.
L'équipe du Soixante-Quinze, un nouveau mensuel de reportage axé sur Paris. - Photo Mathieu Génon / Le 13 du mois

De l’information qui prend son temps et qui fait long. « Dans Soixante-Quinze, les articles les plus courts feront 7.000 signes [quand un article de 20 Minutes en fait en moyenne 3.500] et nous ne nous interdirons pas de grimper à 25.000 voire 30.000 », promet David Even, le directeur de publication de ce nouveau mensuel qui sortira pour la première fois en kiosque le 30 mars.

Son nom donc : Soixante-Quinze, « un chiffre comme une ville, Paris, ses vingt arrondissements, ses dizaines de quartiers et ses millions de vies », détaille la rédaction sur sa page Kiss Kiss Bank Bank via laquelle elle tente en ce moment de récolter des fonds.

Cent pages de reportages et d’enquêtes

Le magazine, vendu 4,90 euros, sortira tous les 30 du mois dans les kiosques de Paris et de sa proche banlieue ainsi que dans les boutiques Relay des gares SNCF desservant Paris. A chaque fois cent pages, noircies par une équipe de neuf personnes, dont six journalistes, ainsi que des collaborateurs réguliers. Des écrivains, des chroniqueurs, des illustrateurs…

Le pari n’est pas si simple en 2015, à l’heure où le secteur de la presse fait plus parler de lui par ses dépôts de bilan que par ses créations de nouveaux numéros. Mais David Even, 34 ans ancien correspondant dans la presse franco-allemande, en est sûr : à Paris, il y a de la place pour un traitement différent de l’information locale. « Aujourd’hui, il y a soit des quotidiens spécialisés dans l’actualité ultra-chaude, avec un accent fort sur les faits divers ou la politique, soit une pléthore de titres axés sur le lifestyle, les bons plans resto, les sorties culturelles… » analyse-t-il.

Le 13e du mois en guise de laboratoire

Soixante-quinze, lui, fera la part belle aux histoires remarquables racontées sur format long. Des reportages, des enquêtes, des grandes interviews sur le Paris de tous les jours et les Parisiens qu’on peut croiser dans la rue. Le projet ne sort pas de nulle part. L’équipe du 75 a déjà éprouvé sa ligne éditoriale ces cinq dernières années avec un premier mensuel, Le 13 du mois, consacré à l’actualité du 13e arrondissement.

David Even n’est pas mécontent du résultat : « Nous avons réalisé 53 numéros tirés entre 5.000 et 10.000 exemplaires. Nous étions devenus la meilleure vente dans les kiosques du 13e tous magazines confondus. » Les « stars » de ce mensuel ? Elise Boghossian, acupunctrice à Paris qui s’en va une fois par mois soigné des réfugiés dans le Kurdistan irakien ; les élèves sourds et malentendants du lycée Rodin, Yves Tenret, auteur du polar « Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles », Marilyn Baldeck, militante acharnée de la cause des femmes, les migrants du quai d’Austerlitz… Des gens simples, qui n’ont pas souvent l’honneur des médias mais qui font la vie de leur 13e arrondissement.

Le retour des formats longs ?

Soixante-Quinze ne fera pas autre chose, il élargira juste son terrain de jeu. La marche n’est pas si anodine. « Le 13e du mois marchait bien mais ne nous permettait pas de vivre correctement », reconnaît le directeur de publication.

En changeant l’échelle, l’espérance, bien sûr, est de gagner en vente et en nombre d’abonnés. « Des 500 actuels à 2.000 au moins d’ici la fin de l’année. » Valérie Jeanne-Perrier, professeure au Celsa (Ecole des hautes études en sciences de l’information et de la communication) spécialisée dans les nouvelles pratiques du journalisme, se veut encourageante. « Plusieurs magazines et mook [ces formes hybrides entre livre, revue et magazine] ont vu le jour ces dernières années et ont été couronnés de succès. Comme La Revue dessinée ou We Demain. » Pour la presse d’actualité, le défi est plus ardu. Mais Soixante-Quinze a des modèles à suivre. Society notamment, adepte lui aussi des articles longs.

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