Les habitants de la cité de la Source d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) se sont rassemblés spontanément devant la supérette lorsqu'ils ont appris la nouvelle, hier peu après 8 h. Ali Zebboudj, leur épicier de 54 ans, venait d'être poignardé par un habitant du quartier âgé de 41 ans, connu pour passer ses journées à boire devant son commerce. L'homme, qui a déjà fait un séjour psychiatrique, l'avait menacé deux fois et avait promis de revenir. Il a mis sa menace à exécution dès qu'Ali, qui rentrait tout juste de vacances, a ouvert son commerce. Le suspect, qui a été interpellé, lui reprocherait d'avoir refusé de lui donner de l'alcool. Il l'a poignardé de six coups de couteau à l'abdomen et au thorax, et Ali Zebboudj est décédé moins d'une heure plus tard.
Un geste insensé pour les habitants de la cité, qui disent tous le plus grand bien de leur épicier, installé ici «depuis au moins vingt ans». Les plus jeunes l'ont «toujours connu», et ont fait le déplacement pour lui rendre hommage. «Il aimait tout le monde», murmure Aminata, 16 ans, venue avec deux copines.
Fazila, 30 ans et mère d'une petite fille de 7 ans, a découvert Ali juste après son agression. «J'étais venue acheter un oeuf Kinder pour ma fille. Il était 8 h 20, Ali était encore en vie», raconte-t-elle en pleurant, décrivant un «être exceptionnel, qui donnait du pain et du fromage» à ceux qui n'avaient rien. Autour d'elle, plusieurs femmes ont les larmes aux yeux. «C'était le socle de la cité », assurent des riverains, qui parlent de son engagement dans la vie de quartier. Une « figure», selon les habitants, qui «avançait de la nourriture pour les RMistes qui ne pouvaient pas payer tout de suite. Dans la cité, la moitié des habitants ont une ardoise chez lui, raconte Mohammed, la quarantaine. Il ne devait pas vraiment gagner sa vie, mais il s'en foutait. » Tous évoquent «le café que leur offrait Ali matin et soir» dans l'épicerie. «On y allait souvent pour parler, même sans acheter. Il faisait assistant social.»
Salem et Franck, 34 et 32 ans, sont sous le choc. «C'est un malade qui a fait ça. Ali était l'ami de tout le monde. Il avait réussi à faire sa place, c'était un centre social à lui tout seul, il était très à l'écoute.» D'autres racontent qu'il s'occupait régulièrement des problèmes administratifs des riverains, «remplissait les formulaires pour les vieux qui n'y arrivaient pas, passait des coups de fil pour débloquer les situations». Ali Zebboudj était aussi connu pour ses talents de musicien, et organisait des concerts dans la cité. Il était également un des principaux protagonistes du documentaire Alimentation générale, sorti en 2006, qui racontait son quotidien d'épicier.
Hier, les habitants de la cité étaient particulièrement pessimistes pour leur futur. «Ali était le seul commerçant à rester dans la cité. Sans lui, elle est foutue.» Hier soir, plusieurs centaines d'habitants se sont rassemblés devant son épicerie.