Un homme appelle un taxi à une borne prévue à cet effet, en octobre 2002 à Paris.
Un homme appelle un taxi à une borne prévue à cet effet, en octobre 2002 à Paris. - JACQUES DEMARTHON / AFP

« Cela ne marche pas… Cela n’a jamais marché d’ailleurs. » Jean-Philippe Pires, artisan taxis, fait bref lorsqu’il évoque Paris Taxis. Lancée en octobre 2014 par la mairie de Paris, l’application smartphone était présentée comme le coup-de-pouce de la ville aux taxis minés par la concurrence des VTC.

Gratuite pour les clients comme les chauffeurs, l’application permettait aux premiers de repérer sur une carte de la capitale les taxis disponibles et leurs caractéristiques. Et aux seconds de connaître le nombre de clients en attente dans les stations de taxis.

Géolocalisation inefficace et manque de communication

Mais le service n’a pas pris. Principalement en raison d’une géolocalisation déficiente. « Il suffit aux chauffeurs de s’éloigner de 50 mètres de la station pour qu’ils disparaissent de la carte, déplore Kader Morghad, de la Fédération des taxis indépendants (FNTI) 75. Si je dépose un client à la gare de Lyon, je ne suis pas immédiatement visible des clients qui attendent au même endroit. Je dois d’abord passer par la station de taxis la plus proche pour de nouveau figurer sur la carte. Une perte de temps. »

Ce n’est pas le seul reproche des taxis. Ils déplorent aussi que l’application ne permette pas aux clients de commander un taxi à leur domicile. Ils doivent se déplacer à la station de taxi la plus proche. « Il n’y a pas eu non plus de communication suffisante autour de cette application, regrette Jean-Philippe Pires. Les clients ne la connaissent pas. »

« Le prétexte pour supprimer des bornes taxis »

Résultat : Paris Taxis, qui avait coûté 112.671 euros signalait French Web en janvier 2015, ne laisse plus voir sur sa carte que des stations de taxis vides de chauffeurs comme de clients en attente. Mais il y a plus grave pour Danielle Simonnet, conseillère (Front de Gauche) de Paris. « Le déploiement de cette application a été le prétexte à la suppression de nombreuses bornes taxis de la capitale », signale-t-elle.

Or, les taxis tiennent toujours autant à ces postes téléphoniques installées sur la voirie, pour permettre aux clients d’appeler un taxi ou à un chauffeur de prendre une course. « Nos clients n’ont pas tous des smartphones, fait remarquer Kader Morghad. Il y en a même très peu parmi les personnes âgées qui représentent une part non négligeable de notre clientèle. Les bornes taxis, elles connaissent. Les applications smartphones, nettement moins. »

Le démantèlement des bornes n’a duré que quelques mois. Le temps que les chauffeurs de taxi obtiennent un rendez-vous avec Christophe Nadjovski, l’adjoint d’Anne Hidalgo en charge des transports, et parviennent à le convaincre de stopper le processus. Mais entre août et décembre 2014, la capitale est toutefois passée de 130 bornes taxis à 93.

« Certaines étaient stratégiques, comme celle de la Porte de Saint-Cloud ou celle en bas du boulevard Malsherbes, déplore Bachir Beloucif, secrétaire du syndicat CGT-Taxi. La ville de Paris a réinstallé en urgence une quinzaine de ces bornes, mais en prélevant du matériel sur des bornes existantes, devenues donc à leur tour inutilisables. »

Une nouvelle version de Paris Taxis annoncée pour avril

Depuis décembre 2014, le dossier n’a guère avancé, déplorent les chauffeurs de taxis parisiens. Mais Danielle Simonnet est bien décidé à le relancer. Elle déposera au prochain conseil municipal de Paris, qui s’ouvre lundi, un vœu appelant « à rétablir, en concertation avec les chauffeurs, les bornes de taxis et les stations pour un usage de proximité. »

« Nous sommes déjà en train de travailler à la modernisation des bornes de taxis, assure à 20 Minutes Christophe Nadjovski, adjoint d’Anne Hidalgo en charge des transports. Nous allons améliorer l’esthétique comme leur fonctionnalité. »

Et Paris Taxis ? « Une nouvelle version est en préparation », annonce encore Christophe Nadjovski. Elle est attendue pour avril et, puisque la loi Thévenoud nous y autorise désormais, elle géolocalisera les taxis… même en circulation. »

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