Jalal Aro, dans son musée, ce mardi
Jalal Aro, dans son musée, ce mardi - R.LESCURIEUX

Soudain, la pièce s’éclaire. Sur les étagères boisées, s’alignent des phonographes, des tourne-disques et des magnétophones de collection. Au sol, des juke-boxes flambant neufs occupent l’espace. A l’heure d’un retour de mode du vinyle, le Phono Museum, le musée du son enregistré, situé à Pigalle (9e) se voit pourtant menacé de fermer ses portes d’ici la fin du mois. La raison : des dettes qui s’accumulent. Faute de visiteurs et de subventions.

10.161 euros de recettes, 52.000 euros de dettes

« Ces locaux gérés par Paris Habitat appartiennent à la mairie de Paris. Et comme tout musée privé, notre charge principale est le loyer », souffle Jalal Aro, 49 ans. Ce Syrien, né à Alep, a ouvert avec des bénévoles ce musée en 2014, adossé à sa galerie où il restaure et vend des phonographes. Mais près de deux ans plus tard, les subventions de fonctionnement de la part de la Mairie de Paris - espérées par ce quinquagénaire - ne viendront pas. Avec son association Phonoplanète, Il doit alors se rendre à l’évidence.

L’année dernière, Jalal a fait 10.161 euros de recette mais en doit 52.000 euros à Paris Habitat qui a confirmé à 20 Minutes avoir engagé des recours face à l’accumulation des impayés et cette « situation de contentieux ». Fin février, le Tribunal de grande instance tranchera donc sur une éventuelle annulation du bail, synonyme de fermeture de l’établissement. Mais le mélomane veut encore y croire.

« Ce musée améliore la qualité de vie locale »

Il le reconnaît, les clients peinent à rentrer et payer les 10 euros pour un ticket. « Le bilan de fréquentation de l’année 2015 est de 1.000 personnes. Après, c’est nouveau donc c’est difficile de démarrer. Mais quand les Parisiens ou les touristes passent la porte ils sont aux anges », assure-t-il. Alors, il va se tourner vers le crowdfunding pour rassembler les Parisiens et les gens du quartier. Et rembourser ses dettes. Son combat est d’ores et déjà soutenu par l’association Action Barbès.

« Ce musée améliore la qualité de vie locale avec un projet culturel de grande qualité dans un quartier avec une histoire musicale », insiste Didier Vincent, membre du bureau de l’association du quartier. « Nous allons donc solliciter des gens à la Mairie pour essayer d’obtenir ces subventions », ajoute-t-il. En attendant cette mobilisation de quartier et le verdict du tribunal, la Mairie du 9e se joint également à ce plan pour sauvegarder ce « bel établissement ».

« Je n’ai pas la manne financière pour le faire »

« Nous avons versé une subvention symbolique au Phono Museum mais ce n’est pas suffisant. Et à l’échelle du 9e arrondissement, je n’ai pas la manne financière pour le faire », explique Delphine Burkli, maire du 9eme. Et précise également avoir envoyé une lettre à Bruno Julliard, le premier adjoint à la Maire de Paris chargé de la culture, pour lui demander d’aider financièrement Phono Museum. A la Mairie de Paris justement, on se dit « attentifs à la situation et en lien avec le bailleur et le musée ».

Pour Jalal Aro, ces soutiens restent importants. « Je comprends qu’il y a d’autres priorités. Mais en nous aidant, ce musée de proximité appartiendra à tout le monde et la musique continuera de vivre dans le quartier », sourit-il.

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