300 Roms et Roumains ont installé un camp de fortune depuis juin dernier sur la petite ceinture le long du boulevard Neu (18e).
300 Roms et Roumains ont installé un camp de fortune depuis juin dernier sur la petite ceinture le long du boulevard Neu (18e). - F. Pouliquen / 20 Minutes

Les 300 Roms et Roumains du campement des Poissonniers ne se font plus d’illusions. Ils n’ont plus que quelques jours à vivre sur les anciennes voies ferrées de la petite ceinture, le long du boulevard Ney (18e). Depuis juin dernier, ils y avaient installé 90 cabanes de bric et de broc.

Ballottés de camps en camps

Mais l’expulsion est imminente. Les collectifs Romeurope et Romparis, qui leur vient en aide, en sont certains : « Le démantèlement du bidonville est prévu la semaine prochaine. Mercredi ou jeudi. »

La suite, les familles du bidonville des Poissonniers la connaissent très bien. Ils bénéficieront d’un hébergement d’urgence à l’hôtel avant de se retrouver dans la rue et de constituer un nouveau camp. « Un éternel recommencement, déplore Manon Fillonneau, coordinatrice du Collectif national des droits de l'homme Romeurope. Ces 300 Roms et Roumains ne viennent pas d’arriver en France. C’étaient eux, déjà, qui peuplaient le bidonville de la Chapelle [démantelé en 2013], puis ceux de la Villette ou de La Courneuve. »

60 maisonnettes, sur sol ou sur roues

Cette fois ci, les habitants du bidonville des Poissonniers sont déterminés à mettre fin au processus. Constitués en association, Les bâtisseurs de cabanes, ils ont déposé un projet à la mairie de Paris, le 18 janvier dernier. Accompagnés d’architectes, d’entreprises sociales et solidaires et d’associations, ils proposent d’autoconstruire une soixantaine de maisonnettes, sur sol ou sur roues, qu’ils installeraient sur un ou plusieurs terrains que leur dénicherait la mairie.

« Des maisonnettes démontables rapidement et nous demandons une mise à disposition des terrains de trois ans seulement », précise André Feigeles, secrétaire adjoint des Bâtisseurs de cabanes. Les friches en attente de construction ou d’affectation conviendraient parfaitement. »

Trois ans pour sortir de la rue

On resterait dans du provisoire. « Mais à la différence des bidonvilles, ces familles roms et roumaines vivraient enfin dans des habitats dignes », poursuit André Feigeles. L’idée est de s’inspirer des « tiny houses », ces micromaisons popularisées aux Etats-Unis. « Dans ce domaine, on sait aujourd’hui faire des choses confortables et peu chères, indique Olivier Leclercq, d’Air Architecture, une agence d’architecture impliquée dans le projet. Avec l’eau courante et l’électricité. »

Et puis, trois ans sans vivre sous la menace d’une expulsion, ce n’est pas rien non plus pour ces familles. « A partir du moment où l’on accède à une stabilité résidentielle, il est plus facile de construire un parcours d’intégration qui passe par l’emploi et la scolarisation des enfants, l’accession à un logement sociale », explique Manon Fillonneau.

Des bilans mitigés en Seine-Saint-Denis

Les bâtisseurs de cabanes comptent déjà une douzaine de personnes du bidonville en capacité de construire de telles maisons et chiffre le projet à 2 ou 3 millions d’euros. A la mairie de Paris, on dit étudier avec intérêt cette proposition. Mais avant de donner sa réponse, la municipalité regarde d’abord du côté de la Seine-Saint-Denis, où cinq villages d’insertion ont vu le jour depuis 2007.

Pas sûr que cela joue en la faveur des Bâtisseurs de cabanes. Le bilan est très mitigé. « Au total, 8 millions d’euros ont été investis dans ces structures et 200 familles y ont été accueillies, indiquait, en septembre au Parisien, Didier Leschi, préfet de Seine-Saint-Denis en charge de l’égalité des chances. 107 ont pu être relogées, principalement dans des HLM, 17 sont en attente d’appartement ; les autres ont quitté le dispositif. »

Mots-clés :

  • Aucun mot-clé