La place de la République quelques jours avant les commémoration
La place de la République quelques jours avant les commémoration - R.LESCURIEUX

Un pays, une capitale, une place. A la question « quelle image retenez-vous de l’année 2015 ? » posée par le journal Libération début janvier, la maire de Paris, Anne Hidalgo, répond : « La place de la République ». « On peut dire qu’elle a changé de statut ou qu’elle a vraiment trouvé le sien, pour le meilleur et pour le pire. Et malheureusement, cela a été pour le pire », ajoute-t-elle. Et pour cause.

>>A lire aussi: Comment la ville va rendre hommage aux victimes

Depuis un an, aux pieds de la Marianne, il y a des fleurs, des bougies, des dessins, des drapeaux. Sur le parvis, il y a des enfants, des skateurs, des vieux, des touristes, des Parisiens. Après les attaques contre Charlie Hebdo en janvier, et celles du 13 novembre, beaucoup s’y sont rassemblés et recueillis pour y créer un véritable mémorial spontané. Et ce dimanche, une plaque sera dévoilée au pied d’un « arbre du souvenir », planté pour l’occasion sur cette place qui n’a jamais cessé de vivre depuis le 7 janvier au soir.

« C’est le lieu qui fait que je me sens Française même à l’étranger »

« C’est la place du recueillement et le symbole de l’année 2015. Mais aussi et désormais du peuple », explique ce mardi, face à la statue, Olivier, 42 ans. « C’est le premier endroit où je voulais me rendre », ajoute ce Réunionnais de passage à Paris. Pour, Alexandre, 26 ans, la République est « notre place ». « C’est le lieu qui fait que je me sens Française même à l’étranger », affirme de son côté, Alice, 28 ans, expatriée au Canada depuis six ans.

La « Rep » est en effet devenue le cœur névralgique de Paris et la place forte du souvenir. Pourtant, « personne n’imaginait un tel avenir pour cette place », estime Géraldine Texier-Rideau, architecte, historienne et auteur de « République : Histoire d’une place », pour la Direction de l’Urbanisme à la ville de Paris.

« Au 19e, les gens s’y rendent car elle correspond à une manière d’être Parisien »

« Au 19e siècle, cette place était le symbole de l’est parisien qui contrebalançait le symbole de l’ouest : la place de la Concorde. Moins chargée symboliquement que la Bastille, elle devient alors un lieu de rencontre et de passage d’une foule populaire protégée de la circulation », commente la spécialiste. Selon elle, « les gens s’y rendent car elle correspond à une manière d’être Parisien » : Flâner et prendre son temps. Puis, cette place « végète et se délite » en vulgaire rond-point engoncé par la circulation durant le 20e siècle, avant de connaître un second souffle.

>> A lire aussi : La nouvelle place de la République se dévoile

Le 16 juin 2013, sur fond de démocratisation de l’espace public, la nouvelle place de la République est inaugurée. Et répond spontanément deux ans plus tard à plusieurs critères à la suite des événements tragiques : sa situation géographique, son histoire, son nom et son urbanisme.

« Sur cette place, aucun groupe, aucune idée ne sera plus forte qu’une autre »

« Notre volonté à l’époque était de la rendre disponible à tous les futurs sans les prévoir. L’espace devait être piéton, accueillant, inaliénable tout en restant ouvert. Sur cette place de la République, chacun peut jouer un rôle », détaille Pierre Alain Trévelo, l’un des architectes qui a redessiné la place de la république au sein de l’agence TVK.

Car cette place a toujours accueilli quasi quotidiennement de nombreuses manifestations. En ce moment, des réfugiés y réclament notamment un logement. Et ce, depuis plusieurs mois. A termes, le caractère commémoratif de la place va-t-il éclipser d’autres causes ?

« Il ne faut pas que les attaques dominent le reste. Mais ce ne sera pas le cas », assure Pierre Alain Trévelo. Car, selon lui, grâce à sa taille, « la force de cette place réside dans le fait qu’aucun groupe, aucun individu, aucune idée ne sera plus forte qu’une autre ».

Mots-clés :