Paris: L’Eau qui dort, l’exposition qui ressuscite les déchets du canal de l’Ourcq

DECHETS En marge de la Cop 21, l’artiste anglais Michaël Pinsky s’est mis en tête de faire flotter à la surface de l’eau 40 objets jetés négligemment dans les canaux parisiens...

Fabrice Pouliquen

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Jeudi 5 novembre, des agents du service "canaux" de la ville de Paris ramassent des déchets dans le canal de l'Ourcq pour l'artiste Michaël Pensky en vue de l'exposition «L'eau qui dort». Lancer le diaporama

Jeudi 5 novembre, des agents du service "canaux" de la ville de Paris ramassent des déchets dans le canal de l'Ourcq pour l'artiste Michaël Pensky en vue de l'exposition «L'eau qui dort». — F. Pouliquen / 20 Minutes

Il suffit de jeter le grappin au bout d’une corde puis de le ramener à soi en le faisant racler le fond du canal. Que ce soit celui de Saint-Martin ou de l’Ourcq, cela marche à coup sûr. Pas besoin de connaître de bons coins ou d’être expert dans le lancer de grappin.

Jeudi, les agents des canaux de la ville de Paris n’ont pas mis plus d’une demi-heure avant d’accrocher un « gros poisson » : un vélib' recouvert d’algues et de coquillages, entremêlé à un chariot de supermarché, dans le même état. A peine de quoi les surprendre. Une belle prise, certes, mais ils en ont vu d’autres en sillonnant les canaux parisiens. « Parfois, on tombe sur des motos voire des voitures… », raconte l’un d’eux.

40 déchets à remonter, presque trop facile

Pour l’artiste Mickaël Pinsky, ce caddie et ce vélib’ sont déjà ça de pris. En marge de la Cop 21, l’Anglais prépare une exposition à partir des déchets que les Parisiens jettent dans leurs canaux. Il lui en faut 40 en tout que l’Anglais, aidé par la mairie de Paris, va chercher au fond de l’eau depuis deux semaines maintenant. Le compte devrait être atteint sans souci. « Nous avons déjà ramassé plein de vélos, deux lits, des chaises des restaurants alentours, des trottinettes, des poussettes, un grand frigo, des panneaux... », précise Michaël Pinsky à 20 Minutes.

L’artiste, membre de l’équipe Coal (Coalition pour l’art et le développement durable) n’en est pas à son coup d’essai. « Il y a dix ans, j’avais réalisé un projet similaire dans un petit port du Somerset [sud-ouest de l’Angleterre], raconte-t-il. J’avais passé quelques semaines sur place et discuté avec de nombreuses personnes. J’avais été frappé alors par le nombre d’objets qu’ils jetaient dans le port. » Notamment 130 chariots de supermarché, les grandes surfaces étant juste à côté. L’artiste les avait alors ressortis des profondeurs et exposés à la surface de l’eau, à la vue de tous.

Michaël Pinsky n'en est pas à son coup d'essai. Il y a dix ans, il avait monté une exposition similaire dans le sud-ouest de l'Angleterre. - Photo Ian Beech

Des déchets comme posés sur l’eau

A Paris, il ne changera pas de méthode. Les 40 objets seront exposés avec leurs boues et leurs moisissures, du 26 novembre au 3 janvier, en face de la Géode... et au beau milieu du canal. Des échafaudages ont été construits spécialement pour l’occasion. Ils affleureront la surface de l’eau, si bien que les déchets, fixés dessus, seront comme posés sur le canal. Ajoutez un jeu de lumière savamment étudié et cette exposition, intitulé « L’eau qui dort », devrait écarquiller plus d’une paire d’yeux.

« Nous ne cherchons pas pour autant le coup de poing visuel ou à être dans la dénonciation, assure Christian Coq, chef de projet des expositions au sein de l’établissement public du parc de la Villette. Il faut plutôt voir ces objets comme les fantômes des déchets que nous avons jetés dans le canal. Ils viennent se rappeler à nous. Qu’est-ce qu’on fait d’eux maintenant ? »

Le chômage du canal Saint-Martin pour prolonger l’exposition

« Les gens acceptent la pollution tant qu’ils ne la voient pas », ajoute Michaël Pinsky pour expliquer la genèse de « L’eau qui dort ». Et si des Parisiens loupent l’exposition, il sera en revanche plus difficile de passer à côté du chômage du port de l’Arsenal et du canal Saint-Martin. Du 4 janvier au 4 avril prochain, ils seront mis à sec le temps de travaux d’entretien et de réparation. L’opération n’est réalisée que tous les dix ans. Forcément, elle devrait mettre à jour de nombreux déchets. Des biens plus gros encore que ceux qu’a réussi à remonter Michaël Pinsky.

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