Migrants à Paris : Que faire de ceux qui dorment encore dans la rue ?

IMMIGRATION C'est un phènomène nouveau par son intensité et qui oblige les pouvoirs publics à mettre en place de nouvelles solutions...

Fabrice Pouliquen

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Des migrants africains attendent d'être enregistrés avant leur évacuation du campement de La Chapelle, à Paris, le 2 juin 2015

Des migrants africains attendent d'être enregistrés avant leur évacuation du campement de La Chapelle, à Paris, le 2 juin 2015 — JOEL SAGET AFP

Comme débordé par la situation. Peut-être pas autant que sur l’île de Lampedusa. Mais les évacuations houleuses des camps de fortunes de migrants menées dans le nord de Paris depuis le 2 juin, se déroulent dans une grande confusion qui s’étale sur les réseaux sociaux.

« Une mobilisation des pouvoirs publics sans précédents »

Pourtant, la démentèlement du campement du boulevard de La Chapelle le 2 juin, est peu remis en question. « Les conditions de vie y étaient déplorables et le démantèlement a permis à 260 migrants de trouver des solutions de logement durable, ajoute Pascal Brice, directeur général de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Soixante-dix ont été logés dans les centres de stabilisation et d’hébergement d’urgence de l’Adoma à travers la France. Une centaine a été placée dans des centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) et, enfin, 80 migrants, des mineurs et des familles, ont été hébergés par la mairie de Paris. Ces derniers jours, la mobilisation des pouvoirs publics sur ce dossier est sans précédent. »

Expulsions de migrants: «Je ne sais pas ce qu’il va se passer mais je veux rester en France»

Mais elle n’est pas suffisante pour les élus communistes, front de gauche et écologistes du 18e arrondissement, très remontés après l’évacuation musclée de migrants à la Halle Pajol lundi soir. « Il y a encore des migrants dans la nature », déplore Galla Bridier, conseillère EELV 18e. Ils étaient environ 80 à s’être réunis à la Halle Pajol lundi, et 50 encore à dormir au jardin partagé du bois Dormoy (18e). Pour l’Ofpra comme pour la mairie de Paris, il s’agit de personnes non présentes boulevard La Chapelle, lors du recensement préalable à l’évacuation du campement. Ils seraient donc arrivés après le 2 juin à Paris, ou seraient juste en transit en France et chercheraient au plus vite à gagner l’étranger. « Faux, rétorque Loïc Lorenzini, co-président du groupe écologiste du 18e arrondissement. Nous avons pourtant la preuve que des migrants recensés lors de l’évacuation du boulevard de La Chapelle sont toujours à la rue. »

Encore des places d’hébergement disponibles

Mais au délà de savoir qui ils sont, la vraie question est de savoir quoi faire d’eux. Contacté par 20 Minutes, Hugo Touzet, élu communiste du 18e arrondissement, demande à Anne Hidalgo de réquisitionner au plus vite un gymnase. Une solution que ne préconise pas l’écologiste Loïc Lorenzini. Ni d’ailleurs Eric Lejoindre, maire du 18e arrondissement de Paris : « Il reste des places disponibles dans les centres d’hébergements d’urgence de la capitale. Il faut en informer les migrants et les convaincre d’y aller. » La préfecture d’Ile-de-France, qui a compétence en matière d’hébergements des migrants, confirme d’ailleurs : le centre d’hébergement d’urgence de La Boulangerie (18e) peut encore accueillir des migrants.

Un nouveau centre d’accueil en réflexion

Mais Paris n’échappera pas à la nécessité de trouver des solutions pérennes, face à un phénomène de migration nouveau de par son intensité. C’était l’enjeu d’une réunion ce mardi matin entre la ville, l’Etat et les associations venant en aide aux migrants. Un nouveau « centre d’accueil pour les migrants » pourrait ainsi ouvrir ces prochaines semaines. Il serait un « guichet unique d’accès au droit », permettant aux migrants d’obtenir des informations sur les procédures d’asile et servirait aussi de « lieu d’hébergement temporaire » pour les migrants en transit.