Un tableau peu reluisant pour
le département de la Seine-Saint-Denis et le travail de la police sur le terrain. Avec pour conséquence « des relations difficiles et empreintes de tensions évidentes entre la population et la police ». C'est le constat d'un rapport de l'Institut national des hautes études de sécurité (Inhes), qui a « fuité » durant le week-end. Ce document interne - « qui n'avait pas vocation à être diffusé », a précisé samedi la direction générale de la police nationale -
avait été finalisé en décembre 2006, après deux mois d'étude de terrain dans quatre villes de Seine-Saint-Denis : Clichy-sous-Bois, d'où étaient parties les émeutes en novembre 2005, la ville voisine de Montfermeil, La Courneuve et Saint-Denis.
Les auteurs de l'étude s'inquiètent d'« une hausse considérable des violences » avec « un nombre croissant de mineurs » mis en cause. La Seine-Saint-Denis se retrouverait ainsi dans une situation de « marginalisation croissante ». « Un fossé se creuse avec les autres départements », notamment pour ce qui est des faits violents. Selon des statistiques publiées au début de l'année, c'est le seul département de la région où la délinquance n'a pas baissé entre 2002 et 2006 : les crimes et délits ont augmenté de 4,47 % sur cette période, alors qu'ils baissaient de plus de 15 % à Paris. Le procureur de la République de Bobigny soulignait de son côté que la part des mineurs dans les vols avec violences élucidées a atteint « 69 % des individus mis en cause » en 2006. En 2005, elle était de 62 %, et de 52 % en 2004.
Le rapport pose aussi la question de l'emploi des forces de l'ordre. Les auteurs évoquent ainsi « un décalage entre la suractivité permanente de la police, en matière de stupéfiants ou de clandestins, et les réalités subies par la population ». L'Inhes regrette également que la police soit perçue comme « partiale » du fait parfois de son « attitude irrespectueuse ». Et beaucoup d'acteurs de terrain, d'élus, se plaignent du trop grand nombre
de contrôles routiers et de contraventions dans le département. L'étude constate par ailleurs « un faible taux de plaintes » ainsi qu'« une faible réponse judiciaire vécue, selon les acteurs de terrain, par la population et la police ». Ce que confirme le maire UMP de Montfermeil, Xavier Lemoine, qui a estimé hier que « les causes de ces relations tendues sur
le terrain sont à rechercher du côté des carences de la justice qui ont fait que le travail des forces de l'ordre est discrédité dans nos villes ».
Le sujet du traitement judiciaire des délinquants, notamment mineurs, en Seine-Saint-Denis, est très sensible. Il avait fait l'objet d'une vaste polémique en 2006 entre les magistrats de Bobigny et Nicolas Sarkozy.
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Les recommandations de l'Inhes