Rue Lafayette (10e), le chantier de conversion d'immeubles de bureaux en logement a particulièrement soigné le travail de la façade.
Rue Lafayette (10e), le chantier de conversion d'immeubles de bureaux en logement a particulièrement soigné le travail de la façade. - Photo François Brugel et Fabrice Malzieu

On évoque souvent pêle-mêle des chiffres. Les 18 millions de m² de bureaux dans Paris intramuros, les 10.000 logements qu’Anne Hidalgo souhaite construire par an durant son mandat, ou encore les 250.000 m² de bureaux à convertir d'ici 2020, nouvel objectif que vient de se fixer la municipalité. Mais derrière ces chiffres se cachent aussi des cas concrets de conversions de bureaux en logement. Le Pavillon de l’Arsenal rend hommage aux meilleurs exemples dans une exposition* baptisée «Métamorphoses». Inaugurée ce mardi, elle est à voir jusqu’au 24 mai. Rencontre avec le directeur de l’institut, Alexandre Labasse.

Que montrera «Métamorphoses»?

Nous avons sélectionné 29 exemples de conversions réussies de bureaux en logements en Ile-de-France. Des choses volontairement très différentes pour montrer tout ce qu’il est possible de faire en la matière. Il y a deux dimensions sur ce dossier: les volumes à convertir, dont on a déjà beaucoup parlé, mais aussi la qualité de ces conversions, le plaisir qu’auront les Parisiens d’y habiter. C’est à cette deuxième dimension que «Métamorphoses» s’intéresse. Dans les années 1970, la tendance était à la reconversion des vieilles usines en lofts pour y habiter. La même question se pose aujourd’hui sur les immeubles de bureaux.

Les 18 millions de m² de bureaux que compte Paris sont-ils tous transformables en logements?

Techniquement oui. Bien entendu, tous ne seront pas transformés. Des propriétaires ne le souhaitent pas, nous avons encore besoin de bureaux dans Paris et certains immeubles sont de toute façon difficiles à convertir. Malgré tout, l’Apur (Atelier parisien d'urbanisme) évalue aujourd’hui le potentiel de transformation à 217 immeubles de plus de 1.000 m² vacants, soit une surface de 800.000 m². A ce chiffre s’ajoutent 528 immeubles de bureaux anciens qui n’ont pas fait l’objet de rénovation lourde ou de restructuration depuis les années 1980. Un potentiel non négligeable.

Quels sont ces immeubles plus difficiles que les autres à convertir?

Pour les immeubles haussmanniens, c’est facile dans la mesure où ils étaient à l’origine des immeubles de logements. On sait faire aujourd’hui. Pour les bâtiments plus récents, les situations sont variables. Il faut parfois enlever la façade, créer une cage d’escalier, revoir la hauteur sous plafond…  Mais il faut faire confiance à la créativité des architectes pour inventer des solutions innovantes. A Paris, certains immeubles de bureaux conçus dans les années 1980 ont pu être transformés en auberges de jeunesse, en résidences étudiantes, alors qu’ils n’étaient pas prévus pour ça.  

Quels seront les cas de conversions les plus étonnants à voir dans «Métamorphoses»?

Les 29 cas sélectionnés sont exemplaires. Rue René-Clair (18e), par exemple, les architectes ont su profiter des toitures d’un immeuble de bureaux pour faire de superbes terrasses pour les logements de demain. Rue du Louvre (2e), dans un immeuble haussmannien, pour ne pas abîmer les moulures au plafond, ils ont conçu des pièces humides de la maison dans des boîtes. La cuisine ou la salle de bain, par exemple. A Charenton-Le-Pont aussi, une initiative innovante est à l'œuvre sur un immeuble des années 1970. Elle ne consiste à ne pas démonter la façade originale, mais à en recréer une juste derrière, ce qui permet, d’une part, de démonter moins et, d’autre part, de profiter de l’espace créé entre les deux façades pour aménager des balcons.

* Entrée libre. Nocturne jeudi 23 avril. Le Pavillon de l’Arsenal sera ouvert alors jusqu’à 22h. 

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