Une centaine de tentes, dans lesquelles dorment jusqu'à quatre réfugiés, sont installées sous une portion aérienne du métro  de la ligne 2, près de la station La Chapelle, à Paris ce mardi 3 mars 2015.
Une centaine de tentes, dans lesquelles dorment jusqu'à quatre réfugiés, sont installées sous une portion aérienne du métro de la ligne 2, près de la station La Chapelle, à Paris ce mardi 3 mars 2015. - F. Pouliquen / 20 Minutes

C’est une sorte d’effet papillon. «Chaque arrivée massive de réfugiés sur l’île italienne de Lampedusa se traduira dans les semaines à venir par de nouvelles tentes plantés à la station La Chapelle, sous une portion aérienne du métro», prédit Mohamed Majidi, directeur d’établissement à France Terre d’asile.

A trois ou quatre par tente

Ce mardi matin, une centaine de ces tentes qu’on déploie en quelques secondes s’étirait le long du pont. «Dedans, on dort à trois ou quatre», précise Omar*, 35 ans, entouré de quatre réfugiés, soudanais comme lui. Les nuits se passent à même le sol, dans le froid et avec le métro qui passe au-dessus des têtes dans un bruit assourdissant. Quant aux toilettes, «c’est contre le mur, désigne Abdelkader, réfugié tunisien, en pointant l’un des piliers du pont. La mairie le nettoie tous les jeudis.»

Le nombre d'exilés vivant dans ces conditions change constamment. «Une quarantaine de réfugiés, dont trois femmes, ont débarqué dimanche encore», raconte Mohamed Majidi. Depuis cinq ans, son association constate régulièrement la présence d’exilés à cet endroit. Mais depuis juillet dernier, on peut parler d’un véritable campement. «Il est occupé en grande majorité par des Soudanais et quelques Maghrébins qui ajoutent peu à peu leurs tentes à l’une des extrémités du camp», explique Mohamed Majidi.

La Porte de la Chapelle, théoriquement une étape

Les histoires sont bien souvent les mêmes. Elles démarrent au Soudan où un passeur les convainc pour 2.000 ou 3.000 dollars (1.800 à 2.700 euros) de tenter leur chance en Europe. Puis il y a la Libye, l’Italie et enfin en France. La Porte de la Chapelle n’est théoriquement qu’une étape. Mais Omar y végète depuis plusieurs mois déjà et perd peu à peu ses illusions. «A croire que je ne connaîtrai que la misère, glisse-t-il. Ici, ce n’est guère mieux qu’au Soudan.»

Les options? Il y a Calais, 300 km au nord, point de départ possible pour la Grande-Bretagne. «J’ai vu plusieurs passeurs boulevard de la Chapelle, venus spécialement d’Angleterre pour dénicher des clients au départ», assure Mohamed Majidi. Beaucoup tenteraient leur chance.

Demander asile en France, le parcours du combattant

Il y a quinze jours, France Terre d’Asile dénombrait aussi 103 réfugiés souhaitant demander un asile en France. Ils doivent alors se signaler à la préfecture, se voir fixer un rendez-vous, puis retirer un dossier à expédier sous les 21 jours à l’Ofpra (Office français de la protection des réfugiés et des apatrides) basé à Fontenay-sous-Bois (94) qui les convoquera ensuite pour un entretien.

Un vrai parcours du combattant. «En 2014, 28% des réfugiés qui en avaient fait la demande en France ont obtenu le droit d’asile», précise Pascal Brice, directeur général de l’Ofpra. Surtout, le processus est long. «Vingt mois en moyenne aujourd’hui pour les cas où il y a un recours devant la justice après un avis négatif de l’Ofpra», poursuit Pascal Brice.

Réduire les délais d’attente

C’est ce délai qui chagrinent tant Omar que France Terre d’asile. «Dans l’attente d’une réponse, ces réfugiés sont des invisibles, rappelle Mohamed Majidi. Ils n’ont pas droit de travailler et sont contraints de dormir dans la rue.» Mais ces dernières années, les demandes d’asile auprès de la France ont doublé, rallongeant les délais d’attente. «Nous travaillons à les réduire, promet Pascal Brice. A l’Ofpra, un remaniement est à l’œuvre depuis un an pour y parvenir. Le gouvernement a aussi pour objectif de ramener le traitement d’un dossier de vingt à neuf mois.» Pour France Terre d’Asile, c’est le seul moyen d’éviter un mini-Sangatte en plein Paris.

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