«Airbnb nourrit la pénurie de logements à Paris»

INTERVIEW L'économiste Pierre Madec analyse le conflit qui oppose Airbnb à la municipalité...

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

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Illustration, immobilier à Paris.

Illustration, immobilier à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Paris, «capitale mondiale de la location entre particuliers». De passage à l’Hôtel de Ville, ce jeudi, le PDG d’Airbnb, Brian Chesky, en a profité pour saluer l’attractivité de Paris, dans laquelle 1,8 million de touristes ont résidé grâce au site depuis 2008. Un satisfecit pour Bruno Julliard, premier adjoint au maire, qui n’a pas pour autant oublié d’évoquer les désagréments causés par Airbnb avec son fondateur. Car si le site est un bon moyen de gagner un peu d’argent pour les Parisiens pendant leurs vacances, il est aussi une nuisance lorsqu’il permet à certains propriétaires de louer leur logement à l’année. Pierre Madec, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), analyse le problème.

Paris est la ville qui attire le plus d’utilisateurs d’Airbnb. Quel problème cela pose-t-il à la Ville?

Les meublés touristiques nourrissent la pénurie de logements dans la capitale. Au total, il y a 400.000 logements locatifs à Paris; en comparaison, Airbnb propose environ 30.000 annonces, soit un peu moins de 10% de l’offre locative, sachant que neuf sur dix sont des logements entiers. On peut penser, comme le dit la Ville, qu’une grande partie de ces annonces émanent de propriétaires qui ont basculé du parc locatif classique vers l’hébergement touristique. Cela fait autant d’offres en moins pour les Parisiens qui cherchent à se loger.

En quoi Airbnb peut-il transformer le paysage parisien?

Le basculement de logements du marché locatif au touristique peut avoir à terme un impact sur les prix. Logique: plus les logements sont rares, plus ils sont chers. C’est un problème dans les milieux tendus en particulier. Par ailleurs, lorsque l’on jette un œil à la localisation géographique des logements proposés sur Airbnb, on s’aperçoit qu’ils sont de plus en plus éloignés du centre. Or on sait bien que dans les arrondissements à un chiffre, il y a de nombreux logements vacants, mais le fait que les 18e et 19e arrondissements s’y soient mis eux aussi n’est pas un signe très encourageant. Au niveau local, cela peut enfin causer des nuisances... Mais cela n’est encore pas grand-chose à côté du vrai problème, la pénurie de logements.

Quelles sont les solutions pour réguler l’expansion d’Airbnb?

Il est très difficile de dissuader les propriétaires de louer leur logement à l’année. Pour eux, il est bien plus rentable de le proposer à des touristes sur Airbnb que de le mettre en location pour des Parisiens. Si vous mettez votre appartement en location à 100 euros la nuit, vous pouvez gagner jusqu’à 3.000 euros par mois. A l’inverse, les loyers sont très encadrés. Même la taxe de séjour imposée à Airbnb ne va rien y changer. Les prix sont trop compétitifs par rapport aux hôtels pour que les clients soient dissuadés de réserver sur le site. La seule solution, si on ne peut pas rendre le service moins rentable, c’est d’identifier les propriétaires qui se sont soustraits au marché locatif [pour les condamner].

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