Ile-de-France: «Il y a eu le Chasseur Français, le Minitel, le speed-dating…Mais l’agence matrimoniale, reste»

SOCIETE Avec 43% de célibataires en Ile-de-France, selon l’Insee, les agences matrimoniales ont encore de beaux jours devant elles, même chez les jeunes…

Romain Lescurieux

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Des amoureux qui se bécotent sur des bancs publics, dans le jardin des Tuileries à Paris, en juillet 2009.

Des amoureux qui se bécotent sur des bancs publics, dans le jardin des Tuileries à Paris, en juillet 2009. — AFP PHOTO / PHILIPP GUELLAND

Tinder? «Connais pas». La concurrence virtuelle? «Il y a eu le Chasseur Français, le Minitel, Internet, le speed dating, mais l’agence matrimoniale, reste», détaille Agnès, façon tonton flingueur. «Donc ce ne sont pas des nouveaux gadgets de rencontres qui changeront le monde», ajoute cette soixantenaire à la tête de l’agence matrimoniale UniCentre Paris, depuis vingt ans. Une méthode un poil old school, qui séduit des jeunes d'habitude plutôt adeptes du désir 3.0.

Flore*, 28 ans est restée deux ans sur les sites et applis de rencontres. «J’ai essayé tous les moyens virtuels que je pouvais», souffle-t-elle. AdopteUnMec, JeContacte, Meetic ou encore Tinder, elle a de nombreuses fois appuyé sur «next», «cœur» ou «like». Sans succès. «Je n’ai jamais trouvé une relation sérieuse. Même sur les sites payants, il n’y avait que de l’amusement pour une soirée», déplore la jeune femme, habitante de l’Essonne. Alors, en décembre dernier elle a décidé de se rapprocher d’une agence matrimoniale. Inscription: 1.200 euros. 

Paris, le «place-to-be» des célibataires

«C’est une somme conséquente mais au moins on tombe sur ce que l’on recherche. Des relations plus stables, plus sérieuses». Et pour cause. Après un coup de fil et des verres en tête à tête, Flore a rencontré en un mois une personne, avec qui «tout se passe bien aujourd’hui». Le prix d’adhésion est donc jugé «nécessaire» pour celle, qui recherchait l’amour, le «vrai». Comme des milliers de Franciliens actuellement.

L’Insee comptabilise 20 millions de célibataires en France. Et selon ces dernières données de l’institut, publiées en 2011, 43% des habitants de l’Ile-de-France et 52,2% des Parisiens - soit un peu plus d’un million de personnes - se déclarent comme tel, pour leur statut matrimonial. Des données à recouper donc avec le nombre de personnes vivant seules dans leur logement: Près de 600.000 Parisiens pour 1,8 million en Ile-de-France. Ce qui en fait une région a fort potentiel de rencontres, où une poignée d’agences matrimoniales continue de résister.

«Tout le monde ne ressemble pas à Yves Montand»

«Chez nous, pas de mensonges, les gens veulent du sérieux, du durable», affirme Agnès. Dans son agence, elle a une centaine d’inscrits, de tout âge. La personne la plus jeune a 24 ans, la plus âgée 70. Et elle assure entre 70% et 80% de réussite. «Après, il faut avoir une demande raisonnable. Tout le monde ne ressemble pas à Yves Montand», prévient-elle.  

Dans l’Ouest parisien, c’est Valérie qui gère le cœur des âmes en peine. Dans le milieu de l’amour depuis 13 ans, pour elle aussi, l’agence matrimoniale reste le meilleur moyen de rencontrer quelqu’un de fiable. «Evidemment, il y a un engouement pour les nouvelles technologies via l’aspect facile. Mais c’est le catalogue la Redoute de la rencontre. Il y a donc un regain notable vers l’agence, car nous proposons la confidentialité, la sécurité et l’assurance de trouver». Dans son agence Adequat, l’inscription est au bas mot à 1.000 euros.

«Toujours plus de moyens de se rencontrer, que de célibataires»

«C’est une barrière financière mais c’est ce qui fait que la démarche est réfléchie», dit-elle. Pour Philippe Brenot, psychiatre et thérapeute de couple, le prix représente pour beaucoup un gage de garantie pour affronter la crainte «numéro un»: Finir sa vie, seule.

«Et c’est une appréhension de plus en plus présente chez les prétrentenaires qui se fixent leurs trente ans, comme un âge fatidique», mentionne l’auteur de «Un jour mon prince… Rencontrer l'amour et le faire durer». Mais selon lui, le fait qu’il y ait «toujours plus de moyens de se rencontrer, que de célibataires», démontre que personne ne détient la solution miracle.

* Le prénom a été modifié