Transport de Fret: Et si la Seine c’était mieux que la route?

LOGISTIQUE Ce mercredi, la scop Alizarine se lance dans le transport de vins par péniche. De l’Ardèche jusqu’à Paris. Une alternative d'avenir alors que Paris vote tout juste son plan antipollution…

Fabrice Pouliquen

— 

L'Ardéchois Raphaël Sauzeat, co-fondateur de la scop Alizarine qui, deux fois tous les deux mois, convoiera du vins d'Ardèche jusqu'à Paris sur une péniche.

L'Ardéchois Raphaël Sauzeat, co-fondateur de la scop Alizarine qui, deux fois tous les deux mois, convoiera du vins d'Ardèche jusqu'à Paris sur une péniche. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Raphaël Sauzeat et Cécile Sauthier le reconnaissent sans détour: il arrive qu’on les prenne pour des illuminés. Il faut dire qu’à l’heure des autoroutes, vouloir acheminer des vins ardéchois jusqu’à Paris en péniche est une drôle d’idée. Mais le couple l’assume: «nous faisons du transport militant, soucieux de l’environnement».

Un transport qui prend son temps

Un transport aussi qui prend son temps. Pour son premier voyage vers Paris, la péniche Alizarine a quitté l’Ardèche le 20 janvier pour arriver quai de la Villette, 900 km plus loin, ce mercredi 11 février. «Il  sera difficile d’aller plus vite, sourit Raphaël.  Il faudra en moyenne 20 jours pour faire le trajet.» Alzarine devrait réaliser six allers-retours chaque année. Avec à chaque fois quatre jours d'étape à Paris, le temps de décharger et recharger la marchandise.

A l’aller, la cale du bateau sera remplie de vins de producteurs ardéchois, mais aussi de produits du terroir. Du miel aux jus de fruit en passant par des confitures. Et quitte à être parvenue si loin, l’Alizarine repartira chargée de produits franciliens et des régions alentour. Du champagne notamment. «Nous pouvons transporter jusqu’à 150 tonnes de marchandises, détaille Raphaël. Cela fait environ 50.000 bouteilles qui seront convoyées sous température maîtrisée.» Ils seront ensuite livrés directement aux clients. Et pour être cohérent jusqu’au bout, cette logistique du dernier kilomètre sera faite en véhicule électrique.

Sur les canaux, «il y a la possibilité de faire beaucoup plus»

Le défi s’annonce de taille, surtout face à un transport par route bien plus rapide et moins cher encore. Mais Cécile Sauthier et Raphaël Sauzéat parlent juste de «mener leur barque» sans se soucier des autres. Et puis, après-tout, l’augmentation annoncée du prix de l’essence, les projets de péages urbains ou tout simplement le plan antipollution voté ce mardi au conseil de Paris, pourraient mettre ces deux Ardéchois de plus en plus dans le coup.

Célia Blauel, adjointe à la ville de Paris en charge des canaux, l’espère en tout cas. «Sur les canaux, l’activité économique est essentiellement tournée vers le tourisme ou le transport de matières premières pour des gros chantiers. Sur la logistique, il y a de la place pour faire beaucoup plus. »

L’expérience «Franprix en Seine»

Les acteurs se comptent encore sur les doigts de la main. Il y a notamment l’association «Marché sur l’eau», qui distribue en circuit court des paniers de fruits et légumes par bateau jusqu’à Paris. Il y a surtout Franprix. La filiale du groupe Casino ravitaille 80 de ses magasins Parisiens par la Seine depuis 2012. «Une barge chargée de 26 conteneurs part chaque fin d’après-midi du port de Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne) pour gagner le port de la Bourdonnais, en plein Paris», détaille  le groupe Casino. Cette barge pourrait être optimisée encore puisqu’elle peut transporter 48 conteneurs. Le groupe Casino y travaille et recherche notamment des partenaires ayant, eux aussi, des marchandises à acheminer vers Paris.

Les contraintes sont les mêmes que pour Alizarine. La barge met trois heures à parcourir les 20 km qui séparent Bonneuil-sur-Marne de Paris. «Le transport fluvial reste aussi plus cher que celui par route et nous ne pouvons acheminer par la Seine que les produits secs et non les produits frais», poursuit-on au groupe Casino. Mais cette barge arrive toutefois toujours à bon port et n’a jamais été pris dans un bouchon!

Mots-clés :

Aucun mot-clé.