«La première fois, c’est exotique, vous prenez ça comme un jeu. Mais quand ça devient quotidien, vous perdez le sourire.» Alexandre, 23 ans, a grandi à Soisy-sous-Montmorency (Vald’Oise) et tient depuis le 25 janvier le blog Fuckingparis, où il poste ses films réalisés aux heures de pointe dans les transports en commun franciliens, naviguant entre les lignes A et B du RER. Bousculades, pousseurs sur les quais, « slalom géant » dans la salle d’échanges de Châtelet, ses clips réalisés chaque matin avec un appareil photo témoignent de l’état de congestion avancée du « réseau express ». Il a eu le déclic en novembre 2006, quand il a décroché son premier job dans une multinationale informatique de la Défense. « Je revenais de deux ans d’études à l’étranger, je n’avais jamais eu à emprunter les transports parisiens, sauf pour les sorties. » Il prend ses premiers films pour les montrer à ses proches, « car j’étais halluciné par ce que je voyais, et je voulais savoir si j’étais trop précieux, si j’avais perdu pied avec la réalité, ou si cette situation était folle ». Il va plus loin et monte son blog. Les réactions ne se font pas attendre, et des internautes demandent à participer. Certains lui envoient des slams, d’autres des poèmes ou des articles.
Puis Alexandre déménage à Paris, et découvre le métro, moins bondé, plus fiable. « Ce qui est incroyable, c'est que je paye ma Carte orange deux fois moins cher, pour un service plus rapide et plus confortable », relève-t-il. Surtout, il pense à ceux qui sont restés en banlieue. « Moi, je savais que j'aurais les moyens financiers de sortir de cette galère, je suis un fils à papa diplômé. Mais comment ceux qui sont contraints d'y rester le vivent-ils ? Je voudrais aujourd'hui que ce soit eux qui témoignent, leur passer la main. » S'il trouve quelqu'un pour reprendre son blog, il envisage de se lancer dans un combat « plus bobo, puisque j'en suis un maintenant ». Et d'ajouter dans un sourire : « Quand vous habitez Paris, vous oubliez tout ça, et vous vous battez pour l'écologie, non ? »