Paris: «Les tours, ça n'a pas de sens»

URBANISME Quelques semaines après l’arrêt du projet de tour Triangle, celui des tours Duo semble être sur les rails, même s’il fait grincer quelques dents…

Mathieu Gruel

— 

Le projet des tours Duo  voir le jour en 2020, dans le 13e arrondissement de Paris.

Le projet des tours Duo voir le jour en 2020, dans le 13e arrondissement de Paris. — L’Autre Image

Les Parisiens auraient-ils un souci avec les tours? Alors que le projet de Tour Triangle (15e) est à l’arrêt depuis le 17 novembre, celui des tours Duo (13e) se poursuit, sans faire totalement l'unanimité. Imaginées par l'architecte Jean Nouvel, ces deux tours de 180 m de haut pour l’une et 120 m pour l'autre, doivent pousser dans la zone d'aménagement concerté (ZAC) Paris Rive-Gauche (13e). La commercialisation des bureaux a même été lancée, la semaine dernière, lors du Salon de l'immobilier d'entreprises, le Simi.

De quoi réveiller les opposants au projet, comme l'association Monts 14. Car son président, Patrice Maire, ne voit pas ce projet d'un bon œil. Après avoir déposé un recours devant le tribunal administratif, dont il a fait appel d’un premier rejet, le président de l'association s'inquiète de l’arrivée prochaine de ces nouvelles tours.

Un bonnet d'âne au Panthéon

Même s'il reconnaît que, comparativement à la tour Triangle, «la mobilisation est moins forte, peut-être parce que ce projet se fait dans une sorte de no man's land», celui-ci risque tout de même, comme celui conduit dans le 15e, de «modifier le paysage parisien», regrette-il.

Et la future vue de Paris qu'il pourrait créer ne l'inspire pas. «Quand on regardera vers le quartier Panthéon depuis l'Arc de Triomphe, on verra ces tours Duo faire un bonnet d'âne au Panthéon», prophétise Patrice Maire, s'appuyant sur des vues réalisées par son association.

Photomontage réalisé par l'association Monts 14.

Le problème avec les tours, «c'est que se sont des bâtiments en rupture avec ce qui caractérise Paris, ville horizontale et homogène», explique Julien Lacaze, vice-président de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France (Sppef), qui avait déposé un recours contre la Samartaine, dont la décision sera rendu le 5 janvier.

Et puis, le traumatisme de la Tour Montparnasse est tenace. «Dans le futur, je pense que les parisiens regretteront certaines de ces tours, comme ça été le cas pour la Tour Montparnasse», rappelle Patrice Marie. «Les tours solitaires, ça n’a pas de sens: elles ne peuvent pas dialoguer avec les bâtiments qui les environnent, qu'elles écrasent et s'excluent ainsi de la ville», appuie Julien Lacaze

«On construit des barrières»

Pour Alexandre Gady, président de la Sppef et professeur d'histoire de l'art à la Sorbonne, «il ne s'agit pas d'un combat contre l'architecture», mais d’un besoin d'avoir «des réalisations moins verticales, avec de l'ouverture».

Car d'ici 30 ans, «le périphérique sera l'équivalent des boulevards intérieurs», analyse-t-il. En construisant des tours aux portes de la capitale, «on reconstruit ainsi des barrières alors que Paris, ville la plus dense d'Europe, devrait se penser à l'échelle de la Région».

Malgré ces critiques, la Ville parle de ces tours Duo comme d'un «projet abouti». Réalisé par la société privée Ivanhoé Cambridge, «il ne faut pas s'attendre à ce qu'il soit impacté ou remis en cause», précise-t-on du côté de la Municipalité.

Même Meka Brunel, la vice-présidente de cette société, citée dans Le Parisien, veut d’ailleurs croire au début des travaux pour la fin 2016 et une livraison pour 2020, «si tout va bien».

Des tours de bureaux

Duo 1 fera 180 m de haut. Sur ses 39 étages, 36 seront occupés par 68.000 m2 de bureaux.

Duo 2 sera haute de 120 m. Elle totalisera 27 niveaux, dont 15 seront consacrés aux bureaux. Les autres étages accueilleront un hôtel quatre étoiles de 120 chambres et un «sky bar» ouvert au public.