Les recherches pour retrouver le «tigre» en liberté vendredi 14 novembre où l'animal avaita été aperçu à côté d'une station service.
Les recherches pour retrouver le «tigre» en liberté vendredi 14 novembre où l'animal avaita été aperçu à côté d'une station service. - William Molinié

Il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. La traque spectaculaire d’un félin jeudi et vendredi dernier en Seine-et-Marne n’a pas permis de mettre la main sur l’animal… qui s’est en fait révélé être un félin inoffensif. Retour sur une enquête insolite… et un poil disproportionnée.

«Jeudi, deux témoins déclarent avoir vu un gros animal, de type tigre, raconte Chantal Boccanini, directrice départementale de la sécurité publique de la Seine-et-Marne. Une photo circule alors dans les médias. Nous découvrons près de Montévrain des traces anormalement grosses par rapport à celles d’un chat. Des experts de l’Office nationale de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) examinent photo et traces et émettent l’hypothèse que l’animal en liberté soit un tigre.» Une piste que les experts du parc des félins, consultés, ne confirment et n’infirment pas. «A ce stade, nous n’avions pas les éléments nécessaires pour donner une conclusion », précise Jonathan Patin, directeur adjoint du parc des félins du 77. Débute alors une traque impressionnante. La battue mobilise 140 militaires, 50 agents, un hélicoptère, les habitants sont invités à rester chez eux, les enfants confinés dans les écoles. Tous les cirques aux alentours confirment qu’aucun de leur félin ne manque à l’appel.

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Les traces dans la boue, plus fiables

Vendredi matin, deux chauffeurs préviennent qu’ils ont aperçu un animal près de la Ferrière-en-Brie près de l’Autoroute A4 (Seine-et-Marne). L’un des deux est interrogé par la police et les spécialistes de la faune sauvage. De nouvelles traces sont repérées et analysées, par des experts de l’ONCFS et du parc des félins. En rapprochant les descriptions par les témoins et les traces découvertes, la deuxième expertise conclut en fin de matinée que l’animal n’est pas un gros félin.

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L’analyse est formelle: il ne s’agit finalement ni d’un lion, ni d’un tigre, ni d’un lynx. «La thèse du lynx a été rapidement écartée car sur la photo on remarque que l’animal a une queue, or le lynx ne possède qu’un toupet», précise Jonathan Patin. Reste donc un seul doute: s’agit-il d’un chat domestiqué ou d’un chat sauvage, espèce existant en Seine-et-Marne? «Même si c’est un chat sauvage, il n’est pas dangereux, car il est craintif», précise le spécialiste du parc des félins.

Dernier appel en date: samedi matin, un habitant de la Seine-et-Marne assure avoir aperçu un animal… qui se révèle être un renard. Depuis, les forces de l’ordre n’ont reçu aucun appel.

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Pourquoi un tel raté?

Beaucoup de bruit pour un chat inoffensif. Les preuves de la présence d'un tigre étaient difficiles à analyser: photo floue, empreintes qui portent à confusion. « Jeudi, les traces sur le sable étaient moins fiables que celles de vendredi, dans la boue. C’est d’ailleurs une chance qu’il ait plu», reprend Chantal Boccanini. Les personnes qui se sont retrouvées nez à nez jeudi avec l’animal ont peut-être eu peur tandis que le chauffeur routier a eu le temps, protégé dans son camion, d’observer la bête.»

Alors, canular? Une option envisagée mais peu probable. «Nous avons reçu deux témoignages sans aucun lien qui ont été entendus en procès-verbal. Et nous n’avons pas eu d’appel fantaisiste.»

Les autorités se sont-elles emballées? Du côté du parc des félins, on rappelle que ce n’est pas une première: «on a beaucoup parlé en 2006 d'une supposée panthère noire vue dans les dunes de Wissant dans le Pas de Calais, d'un puma en forêt de Fontainebleau en 2007 ou d'une autre panthère noire en 2013 à Villeneuve Loubet...» La prudence comme priorité, voilà la justification des autorités. «Cette attaque est un peu injuste, conteste Chantal Boccanini. Il était logique de mettre autant de moyens étant donné le danger que représentait un tigre en liberté pour la population. D’autre part la zone à couvrir, très large, urbaine, puis forestière, nécessitait l’utilisation de l’hélicoptère et d’une battue. Et mener une battue à dix, ça ne rime à rien. Il était également logique d’arrêter les recherches dès que le danger d’un tigre était écarté.» En espérant que ce jeu du chat et la souris est bien fini.

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