Les quatre cabinets d'architectes ont présenté hier leur plan pour Europa City, futur pôle touristique à Gonesse.
Les quatre cabinets d'architectes ont présenté hier leur plan pour Europa City, futur pôle touristique à Gonesse. - VAlODE ET PISTRE
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«Europacity serait là, près du bâtiment agricole». Bernard Loup, Bernard Dhailly et Alain Boulanger pointent l’étendue de champs devant eux. Tous trois sont membres du Collectif pour le Triangle de Gonesse qui lutte depuis mars 2011 pour préserver cet espace agricole inédit entre les aéroports de Roissy et du Bourget.

«Il y a eu jusqu’à 1.000 hectares de cultures céréalières», précise Bernard Loup. Il en reste 750 que le collectif veut défendre bec et ongles quitte à devenir le nouveau barrage de Sivens.

Même une piste de ski 

Car le Triangle de Gonesse est convoité et sera rogné encore. Impossible d’y faire des logements, la zone est trop proche des aéroports. En revanche, un quartier d’affaires est à l’étude sur 200 hectares et les premiers immeubles de bureaux sont attendus avant 2020. Pour donner vie à ce futur quartier, il y aurait aussi Europacity, un centre commercial et de loisirs de 80 hectares aux ambitions gargantuesques. A l'image de sa piste de ski indoor.

Ce pari à 2 milliards d’euros est porté par Immochan, filiale immobilière du groupe Auchan. Mais il ne fait pas plaisir à tout le monde à Gonesse, Aulnay et les villes voisines. Le Collectif pour le triangle de Gonesse regroupe ainsi 18 associations, soit près d’un millier d’adhérents. «Et une pétition en septembre avait récolté 2.000 signatures», précise Bernard Dhailly.

«On marche sur la tête»

La contestation est encore loin de Notre-Dame-des-Landes ou du barrage de Sivens. Mais les ingrédients y sont. L’impression d’un projet démesuré d’abord. Bernard Loup désigne les toits d’O’Parinor et Aéroville, deux centres commerciaux récemment  sortis de terre et visibles à l’œil nu du Triangle de Gonesse: «Ils ont chacun 200 boutiques, Europacity en ajouterait 500 nouvelles. On marche sur la tête.»

A Gonesse, comme à Notre-Dame des Landes ou à Sivens, il y a aussi des terres agricoles en toile de fond de la révolte. «Pourquoi en supprimer alors qu’il y a des friches industrielles aux alentours qui demandent qu’à être converties?», s’insurge Bernard Loup. L’ex-site PSA à Aulnay en particulier.

11.500 emplois directs promis

En face aussi, il y a des arguments. Europacity promet la création de 11.500 emplois directs et 5.900 indirects. De quoi faire mouche dans un secteur sinistré par le chômage. «Et c'est là, au sud de Roissy, que Paris joue son avenir, estime Jean Viard, sociologue et membre du conseil scientifique qui se réunit deux fois par an pour penser Europacity. Il y a toute une zone en pleine reconversion et de nombreux projets à l'étude. Europacity, qui ambitionne d'être un laboratoire du commerce de demain, peut y trouver une place dans cet ensemble.»

A Europacity, on dit beaucoup attendre du débat public prévu courant 2015 pour «mieux expliquer le projet aux habitants». Mais le projet semble déjà bien avancé. A Créteil, le 13 octobre, le Premier ministre Manuel Valls a cité en belle position Europacity dans la liste des projets qui doivent structurer le Grand Paris. «Surtout, Auchan a déjà obtenu la construction d’une gare sur la future ligne 17 qui ralliera Roissy à Paris, peste Bernard Dhailly. Qu’est-ce qu’on fera de cette gare au milieu des champs si Europacity est annulé? On a parfois l'impression que les choses sont jouées.»

La Seine-Saint-Denis dans l'opposition?

Le collectif ne désarme pas pour autant. «A Notre-Dame-des-Landes ou à Sivens, l’opposition a démarré avec une poignée de locaux, rappelle Bernard Loup. S’il faut, on constituera comme eux une zone à défendre.» Les opposants comptent déjà quelques soutiens politiques, notamment des Verts et des groupes Front de Gauche au conseil régional. Mais aussi, depuis peu, du conseil général de Seine-Saint-Denis qui vient de formuler un vœu contre Europacity.  

Europacity affole les compteurs

A Europacity, on confie espérer débuter les travaux en 2017 pour une ouverture entre 2020 et 2025. Ce complexe mêlera loisirs, cultures, espaces verts et shopping sur 80 hectares. Deux tiers des espaces seront dédiés aux loisirs avec notamment une ferme urbaine de 7 hectares, une salle de cirque, un parc à thème, un théâtre, des salles de concerts, un aquarium… Et donc un parc à neige avec piste de ski indoor. Cela laissera de la place aussi à 500 boutiques.

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