Un juge pour enfants a deux missions : sanctionner les délinquants et aider les mineurs en danger, dont la situation fragile ou inquiétante a été signalée. Mais bien souvent, ce sont les mêmes. Comme Marvin, dont la situation familiale « extrêmement difficile » est connue du tribunal depuis des années. Et qui ne cesse d'être déféré ou convoqué pour des faits de violence. Aujourd'hui, Marvin est accusé de vol avec violence et d'outrage à un policier. Gilet noir, téléphone portable à la main, Marvin, 15 ans, impressionne du haut de ses deux mètres. Alors qu'il avait jusqu'à présent nié les faits, il reconnaît devant la juge qu'il a bien volé un sac à l'arraché. « C'est une preuve de maturité », consent la magistrate.
«T'as une grande bouche et je suis un violeur en série »
Marvin a revendu le téléphone 50 eUROS. Mais lors de la perquisition, une autre affaire est née. A une femme flic, Marvin aurait déclaré : « Toi, t'as une grande bouche, et moi je suis un violeur en série. » Dans le cabinet du juge, la policière est présente, et la femme victime du vol aussi. Tout comme la mère de Marvin qui parle mal le français, et à qui Marvin intime dès qu'elle veut intervenir : « Toi, rentre à la maison. » La juge explique : « Vous êtes mis en examen, vous serez jugé plus tard. Je vous laisse une chance de montrer que vous êtes capable d'autre chose. Je vous jugerai en fonction. Soit ici, pour une peine éducative, soit au tribunal. » La juge suggère une mesure de réparation. Marvin accepte. Mais la victime, au bord des larmes, refuse. Elle ne veut pas être associée à la peine, et rencontrer de nouveau son agresseur. Puis l'agent de police s'exprime : « Moi non plus, je ne veux pas de lettre d'excuse ou autre. Il est manipulateur. Je croise tous les jours les personnes que j'interpelle. Si je le croise avec mon fils, il pourrait m'agresser. Il n'a pas le droit de menacer ma vie privée. » Marvin fait craquer ses os, s'agite, crie et doit sortir se calmer. Les victimes s'en vont et la suite de l'audience se fait dans le cadre de la protection de l'enfance. Car si Marvin est coupable, la juge et les éducateurs estiment qu'il est aussi victime. Et que pour l'empêcher de sévir, il faut d'urgence l'aider à s'en sortir. « Le premier souci pour un mineur, c'est la réinsertion, pas de faire payer la note, expliquera la juge après l'audience. Il y a un souci d'humanisme, même pour un petit monstre. Les mesures éducatives, c'est un accompagnement au long cours, c'est beaucoup plus compliqué que de mettre quelqu'un derrière les barreaux. Mais c'est souvent beaucoup mieux pour son avenir et celui de la société. »
« Pars, si t'es un homme »
Alors que faire pour et de Marvin ? Sa scolarité n'est même pas évoquée, « l'urgence est de lui trouver un toit stable ». Longtemps, il a vécu dans un quatre-pièces avec onze personnes, dormant dans un salon non chauffé. Son père préférerait les enfants de sa seconde épouse. Un soir, il lui a dit : « Pars de la maison, si t'es un homme. » Marvin l'a pris au mot : on l'a retrouvé en hypothermie en pleine rue à 4 h du matin. Des éducateurs lui ont proposé un foyer dans la Creuse : ça n'a pas fonctionné. « Je savais même pas c'était quoi, la Creuse. Personne m'avait expliqué. » Une éducatrice rétorque : « On t'avait tout expliqué. » Depuis quinze jours, il a en tout cas été placé dans un autre foyer, où il « respecte les règles de vie ». Même si Marvin juge cette fois le foyer trop proche de chez lui, et les tentations trop fortes. « Il n'est pas correctement vêtu, n'a personne pour l'aider pour l'administratif », déplore une éducatrice. Surtout, Marvin est malade. Il a la tuberculose et est épileptique. Il doit se faire soigner. La juge conclut : « On fera un bilan dans six mois. Si vous faites les efforts nécessaires, j'en tiendrai compte dans mon jugement. Compris ? » Marvin hoche la tête. De toute façon, la juge pourra lui répéter la semaine suivante. Il a été de nouveau convoqué, cette fois pour avoir tenté de mettre le feu aux cheveux d'une jeune fille.
M. Hajdenberg