Au Buisson Saint-Louis, l'habitat participatif fête ses 30 ans

LOGEMENT Mixité, solidarité, espace de vie commune... Il y a tout ça dans un habitat participatif. De nombreux projets émergent, peu voient le jour. Mais en plein Belleville, le Lavoir du Buisson Saint-Louis fonctionne lui depuis 30 ans...

Fabrice Pouliquen

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Philippe Mollon-Deschamps est installé depuis 1983 au lavoir du Buisson-Saint-Louis, habitat participatif parisien.

Philippe Mollon-Deschamps est installé depuis 1983 au lavoir du Buisson-Saint-Louis, habitat participatif parisien. — Fabrice Pouliquen / 20 Minutes

Les années ont beau défiler, le Lavoir du Buisson Saint-Louis ne s’essouffle guère. Difficile de s’en rendre compte de la rue, la copropriété n’offrant aux passants qu’une grille en fer comme il en existe tant à Paris. Mais dans les murs, il y a de la vie, bien plus que dans la majorité des résidences parisiennes.

C’est tout le principe de l’habitat participatif, souvent présenté comme la troisième voie au logement: la volonté de se réunir entre habitants autour de valeurs communes. Dans le lot figurent bien souvent la solidarité, la mixité sociale, la mutualisation des biens et des espaces, l’envie d’être acteur dans la construction de son logement…

Des habitants promoteurs

Les quinze familles du Lavoir Buisson Saint-Louis ont décidé de vivre ainsi il y a tout juste trente ans en rachetant une parcelle de terrain, en plein Belleville, là où le quartier venait laver son linge autrefois. Un coup de chance à écouter Philippe Mollon-Deschamps, l’un des habitants: «la parcelle n’intéressait personne à cause du vieux hangar qui servait de lavoir autrefois et qu’il fallait intégrer dans le projet de construction».

Mais il faudra quatre années et une centaine de réunions avant que les habitants ne réussissent à investir les murs. Un classique pour un habitat participatif: «les habitants sont au cœur du projet dès la construction, reprend Philippe Mollon-Deschamps. Ce qui rend l’étape cruciale et périlleuse. Il a fallu constituer un groupe de personnes motivées par le projet, nous mettre d’accord sur ce que nous voulions faire, puis endosser le rôle de promoteur en choisissant nous-mêmes l’architecte et les entreprises du bâtiment.»

Pièces de théâtre et concerts à domicile

Deux familles ont claqué la porte dans l’élaboration du projet, le Lavoir du Buisson Saint-Louis aurait très bien pu ne jamais voir le jour. Mais en 1983, ça y est: le lieu prend vie. Depuis il n’a guère changé. Le cadre est idyllique et a ses originalités architecturales. Comme ce petit bassin qui traverse la première cour intérieure ou ces appartements dotés de deux portes d’entrée. «L’idée de l’architecte était de nous offrir la possibilité de diviser en deux nos appartements en cas de divorce ou si nos enfants, devenus grands, décidaient d’emménager au Lavoir.» Les parties communes aussi sont nombreuses au Lavoir du Buisson Saint-Louis. Les jardins, les terrasses à chaque étage, une buanderie et une salle de vie avec sa cuisine, sa table de ping-pong, son projecteur, son coin de canapé…

Et tout ça vit encore au bout de trente ans de vie commune. «Nous accueillons régulièrement des pièces de théâtre, des concerts, raconte Philippe Mollon-Deschamps. Plusieurs associations du quartier tiennent aussi leur réunion dans la salle commune et y organisent leurs activités.» Quant aux quinze familles qui ont emménagé en 1983, elles y sont encore à l’exception d’une. «Nous fêterons nos trente ans en juin, précise Philippe Mollon-Deschamps. Ce n’est pas rien tout de même.»

Bientôt plus le seul à Paris…

A Paris intramuros, le Lavoir du Buisson Saint-Louis est d’ailleurs le seul à afficher une telle longévité. «Tout un ensemble de projets est né dans les années 1970-80, explique Anne d’Orazio, architecte-urbaniste, spécialiste de l’habitat participatif. Il y en avait plusieurs à Paris, dans le 14e arrondissement ou dans le quartier de la Mouzaïa. Mais, au fil des ans, ils sont devenus des copropriétés classiques. Le Lavoir du Buisson Saint-Louis est le seul encore à Paris à se revendiquer comme habitat participatif.»

Du moins pour quelques années encore. Portée par la loi Alur, qui prévoit des facilités pour l’émergence d’habitat groupé, une nouvelle génération d’habitat participatif voit peu à peu le jour. «Des mairies réservent même du foncier à des groupes d’habitants porteur de projet, précise Anne d’Orazio. C’est le cas de Paris qui a dégagé trois terrains dans le 19e et 20e arrondissement.» L’appel à candidature pour les groupes d’habitants intéressés sera lancé fin avril par voie de presse.

Habitat Participatif: «Une nouvelle génération émerge»

Entre les années 1980 et 2010, l'habitat participatif s'est fait discret. Mais une nouvelle génération émerge un peu partout en Île-de-France. «Ils sont moins politisés que ceux des années 1980, observe Rabia Enckell, accompagnatrice sur «Promoteur de courtoisie urbaine», un projet d'habitat groupé dans le futur écoquartier fluvial sur l'Île-Saint-Denis. Ce qui porte ces projets est sans doute plus une crise des sens. La volonté de porter un habitat écologique, de ne plus vivre de façon anonyme, de créer des liens plus forts avec ses voisins dans un contexte où les familles monoparentales sont de plus en plus nombreuses... Et puis, l'habitat participatif permet aussi d'accéder à la propriété à moindre coût.» Il n'est plus toujours besoin non plus d'être amis pour se constituer en groupe de projets.  A l'Île-Saint-Denis, huit familles sont à ce jour fédérées autour du projet, précise Rabia Enckell. Elles ne se connaissaient pas toutes avant. Il nous en reste huit autres à trouver.»

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