Clic, clac et on s’invite au Panthéon. Depuis un mois, le camion photographique de l’artiste JR sillonne la France pour proposer des séances photo devant huit monuments du Centre des monuments nationaux. Dernière prise samedi, au Panthéon.

«Aller chercher les grands hommes de demain»

Mercredi 26 mars, c’est devant la villa Savoye à Poissy (Yvelines), monument imaginé par Le Corbusier, que les visiteurs repartent avec un petit cadeau: un poster géant de leur visage. Et le cliché est directement envoyé à l’atelier de JR qui prépare une mosaïque avec ces bouilles pour décorer le Panthéon en travaux. «Sur l’extérieur, ce sera plutôt un clin d’œil, l’œuvre principale sera à l’intérieur, précise JR. On veut vraiment faire entrer dans le monument ces portraits qui viennent des quatre coins de la France grâce au camion et du monde entier puisque les internautes peuvent aussi envoyer leur propre cliché. C’est aller chercher les grands hommes de demain.»  O. Gabriel/ 20 Minutes


Venu par surprise à Poissy, JR explique pourquoi il n’a pas suivi à la trace le parcours du camion: «J’aime que les gens s’approprient le projet. Quand je suis là, ils s’attendent à ce que je les emmène coller leur image», se justifie l’artiste. Pour autant, beaucoup des curieux ne cachaient pas leur déception de ne pouvoir rencontrer l’artiste. «J’ai été à l’école avec lui», avoue Clelia, une habitante du Pecq venue exprès avec sa fille. Je suis fan depuis des années. J’avais d’ailleurs un sous-main où il m’avait fait un tag…»

Une attraction et une rencontre

Des étudiants en école d’architecture, partis à la découverte de l’héritage du Corbusier, ont découvert par hasard la bonne surprise… et se sont prêtés au jeu. «Eviter qu’il y ait de la publicité sur le Panthéon, c’est une bonne idée», s’enthousiasme Laura, 20 ans. Mais Pierre, 24 ans, semble moins conquis. «Je connais bien le travail de JR et quand il prenait des photos en banlieue, au Brésil ou en Afrique, il y avait une dénonciation. Cette fois, c’est plus un loisir qu’un engagement.»

O. Gabriel/ 20 Minutes

Interrogation commune à tous les participants: que faire de ce portrait en 90 sur 135 cm? «Certains viennent pour l’attraction, d’autres avec une intention, souligne Etienne Rougery, qui pilote tout le projet. C’est aux visiteurs d’utiliser ce portrait pour défendre une cause. C’est sûr que quand on monte le projet en Israël ou à Haïti, ça prend une autre ampleur.» Mais les concepteurs insistent sur l’occasion de rencontre et d’échange quand ces mannequins d’un jour deviennent colleurs d’une fresque.

«L’art n’est pas élitiste»

Passée la surprise de se découvrir en immense sur fond à pois, Margaux et Elena, deux sœurs venues d’Elancourt (Yvelines) imaginent des utilités variées à leur portrait: «Je pensais le coller dans la chambre de ma colocataire pour lui faire peur, rigole Margaux. C’est vrai que le message est plus léger qu’en Israël, mais il est important: l’art n’est pas élitiste.» Une vision partagée par Stéphanie, 28 ans: «Ça fait cinq ans que j’habite Poissy et c’est la première fois que je viens à la Villa Savoye. JR arrive à m’y emmener. Et puis y’a pas beaucoup de femmes au Panthéon, alors en voilà une de plus!» En attendant de trouver une place adéquate à ce si grand poster, petits et grands repartaient de la villa Savoye avec le sourire et une affiche roulée, devenue parfois sabre de Jedi ou longue-vue.

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