D'abord restreint au Pont-des-Ars, les cadenas d'amours envahissent de plus en plus de ponts et monuments parisiens
D'abord restreint au Pont-des-Ars, les cadenas d'amours envahissent de plus en plus de ponts et monuments parisiens - A. GELEBART / 20 MINUTES

Mignons les cadenas d’amour? «Pas du tout», s’insurgent Lisa Anselmo et Lisa Taylor-Huff. Amoureuses de Paris depuis qu’elles y habitent, ces deux New Yorkaises partent en guerre contre cette lubie qu’ont certains couples d'accrocher un cadenas aux rambardes des ponts pour symboliser leur amour. «Car, à Paris, il y en a beaucoup trop !»

Près de 700.000 cadenas à Paris

Pourtant, en 2008, il n’y avait pas un seul cadenas d’amour dans la capitale. «Et en 2010, on ne comptait seulement que quelques cadenas sur le Pont des Arts, assurent les deux femmes. Aujourd’hui, le moindre centimètre carré de rambardes est recouvert». Surtout, la coutume se propage à d’autres ponts parisiens. «Le Pont de l’Archevêché, derrière Notre-Dame-de-Paris, est lui aussi saturé. On trouve également ces cadenas d’amour au Pont-Neuf, derrière la statue Henry-IV, sur la passerelle Léopold-Sedar-Senghor, entre les Tuileries et le musée d’Orsay, et sur la passerelle Simone-de-Beauvoir, en face de la bibliothèque François-Mitterrand. Il y en a même accroché aux statues d’anges du pont Alexandre III et, depuis peu, les cadenas se propagent aux passerelles du canal Saint-Martin.» Au total, près de 700.000 cadenas seraient aujourd’hui accrochés aux ponts et monuments parisiens, selon un article du Monde du 14 février.

Question d’esthétique et de sécurité

Et alors? «Cela en devient extrêmement moche», martèle Lisa Anselmo qui a fait part de son point de vue dans un article publié sur son blog fin janvier. «Le post a été lu plus de 3.000 fois et a suscité de nombreux commentaires, explique l’auteur. Nous ne sommes pas les seuls à en avoir marre de ces cadenas.» Il ne s’agit pas seulement d’une question esthétique. «Il faut moins d’un an pour que ces cadenas rouillent, note Lisa Taylor-Huff. Cette rouille se propage ensuite au pont lui-même.» Des questions de sécurité se posent également. En particulier sur le Pont des Arts et le Pont de l’Archevêché, totalement recouverts et qui font peser plus de 300 kg par mètre sur les garde-corps. «Imaginez que la rambarde cède et tombe sur un bateau-mouche passant en dessous. Faut-il attendre qu’un accident se produise?»

Une lettre à Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet

Après le Pont-des-Arts et le pont de l'Archevêché, la mode des cadenas d'amour gagne les passerelles du canal Saint-Martin - /photo Fabrice Pouliquen

Lisa Anselmo et Lisa Taylor-Huff ont tenté d’amener le débat dans les élections municipales à Paris, en expédiant une lettre à tous les candidats. Elles y demandent à ce que les quelque 700.000 cadenas soient enlevés des ponts. «Mais nous respectons tout de même les amoureux et leurs vœux. Pourquoi, par exemple, ne pas installer des arbres métalliques pour accueillir ces cadenas d’amour comme Moscou l’a fait?». Les deux New Yorkaises n’ont reçu pour l’instant aucune réponse à leur lettre ouverte. Mais fortes des 1.277 signatures recueillies via une pétition lancée sur leur site internet, Lisa Anselmo et Lisa Taylor-Huff restent combatives. «Cette semaine, on tentera de remettre notre lettre ouverte en main propre à Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet.»

Pour Lisa Anselmo et Lisa Taylor-Huff, ces cadenas, bien trop nombreux aujourd'hui, enlaidissent Paris - A. GELEBART / 20 MINUTES

Mais d’où viennent ces cadenas d’amour?

Pas facile de retrouver l’origine de cette coutume. Certains la font démarrer il y a très longtemps en Chine. En Europe, la tradition existerait en Serbie sur le pont Most Ljubavi depuis la première guerre mondiale. Pecs en Hongrie et Cologne en Allemagne ont aussi leur pont recouvert de cadenas. De même que le Pont Mivius à Rome depuis peu. «Dans ce dernier cas, le phénomène est lié au roman d’amour de Federico Moccia, Trois mètres au-dessus du ciel dans lequel deux personnages accrochent un cadenas sur ce pont pour sceller leur amour. Le roman est sorti en 1992, mais est devenu très populaire en 2004, raconte Lisa Taylor-Huff. Peu de temps après, le pont Milvius était recouvert de cadenas.» Sur leur site internet, nolovelocks.com,  Lisa Anselmo et Lisa Taylor-Huff recensent les villes où les cadenas d'amour se propagent. « Cela va de Moscou à Sydney en passant par New York, Cincinnati, Lyon...»

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