«Il y a deux ans, un homme s’est frotté contre moi, j’ai dû pousser les gens pour me dégager, raconte Dominique, 37 ans. J’ai été vraiment choquée, maintenant j’évite les heures de pointe dans le métro.» Un épisode douloureux que beaucoup de femmes ont déjà vécu. Depuis une semaine, le témoignage de la blogueuse Jack Parker, agressée dans le métro, fait le tour du Web et fait resurgir la question du harcèlement sexuel des femmes dans les transports en commun.

Un phénomène difficile à éradiquer car la traque de ces hommes, qui profitent des heures de pointe pour coller les voyageuses, les toucher voire se masturber, se heurte à un triple problème: de définition, de réactions de la victime comme de l’entourage, et d’information.

Si le «frotteurisme» a gagné sa place sur Wikipédia, le mot ne s’est pas encore invité dans la loi. Et sa définition pose problème: ces actes peuvent naviguer entre harcèlement sexuel, agression, attouchement. «Dans le cas de Jack Parker, ça peut s’apparenter à une tentative de viol, précise Murielle Salmona, psychiatre et auteure du Livre noir des violences sexuelles. Si un homme touche une épaule de façon répétitive, il s’agit de harcèlement, si c’est le sein, c’est une agression sexuelle.»

Les victimes ne portent pas plainte

Difficile aussi d’obtenir des chiffres précis sur ce délit, puisque les statistiques ne rentrent pas dans le détail du lieu et du type d’agression. En 2013, sur 207 agressions sexuelles répertoriées dans les transports parisiens, 152 ont débouché sur une interpellation. «Mais on ne fait pas la distinction entre frotteur et violeur, et cela ne révèle en aucun cas la réalité du phénomène», assure le capitaine Coussot, chef de la brigade de lutte contre les atteintes à la sécurité dans les transports. A la tête d’une équipe de 80 fonctionnaires qui traque voleurs, violeurs, frotteurs et fraudeurs, le capitaine explique que s’il n’y a pas plainte, les policiers expulsent le suspect des wagons, mais ne peuvent l’interpeller, sauf si la victime est mineure. «Les frotteurs vont dans le métro dans le seul but de se frotter, souligne-t-il. Agés entre 20 et 70 ans, et dans une grande misère sexuelle, ils repèrent les filles qui leur plaisent sur le quai, et montent en se faufilant juste derrière. Beaucoup trouent leurs poches pour se masturber et exagèrent les mouvements du métro.» Les lignes les plus fréquentées, les 2,4, 13, sont aussi les plus concernées et le phénomène est saisonnier: au printemps, les frotteurs se font plus nombreux.

«Notre grande difficulté, c’est que dans neuf cas sur dix, les femmes ne veulent pas déposer plainte: par peur, parce que l’acte est banalisé, parce qu’elles n’ont pas deux heures à perdre au commissariat…» Pourtant, le frotteur risque jusqu’à cinq ans de prison et 15.000 euros d’amende. «On a bien éduqué les femmes pour qu’elles croient que ça fait partie de la condition féminine de supporter ça», regrette Murielle Salmona. D’autant que ce genre d’attouchement peut s’avérer ambigu. Nathalie, 28 ans, a vécu deux fois ce type d’agression. «C’est très délicat parce que quand il y a du monde, on pense d’abord qu’on est parano, que c’est sa mallette. Et puis après la surprise, j’ai décidé de changer de wagon… en lui jetant un regard noir.»

«J’ai crié «A qui est cette main?»», «J’ai hurlé»… Nos internautes racontent leurs réactions face à ce type d’agression

«La paralysie, c’est normal», nuance Murielle Salmona. Et les agresseurs, souvent récidivistes, ont des stratégies pour rester dans l’impunité: la foule, faire en sorte que la victime ne puisse se défendre… et de la faire passer pour une hystérique si elle réagit.»

Sensibiliser et informer pour mieux lutter contre les frotteurs

Mais pour cette chercheuse en victimologie, RATP comme SNCF ont un rôle à jouer pour lutter contre ce phénomène. «S’il y avait des affiches, un numéro de téléphone spécifique pour ces agressions sexuelles, un parcours identifié, une formation pour que les agents ne minimisent pas ces actes, les victimes seraient encouragées à porter plainte. Dans les entreprises où il existe un affichage et une prévention sur le harcèlement sexuel au travail, ces faits sont moindres.» Et le capitaine Coussot de remarquer qu’au Japon ou au Brésil, certains wagons du métro sont réservés aux femmes la nuit.

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