Demander aux « bien logés » de descendre camper au bord du canal Saint-Martin pour dénoncer la situation des SDF. L'idée était risquée. Mais les citoyens solidaires sont bien au rendez-vous depuis samedi, jour de l'installation des 95 tentes de l'association Les Enfants de Don Quichotte*, quai de Jemmapes (10e). De là, les campeurs ont une vue imprenable sur les sapins illuminés des appartements alentour.
Hier, entre 150 et 200 personnes devaient passer la nuit dans le froid, dont la moitié de sans-abri. André, ex-SDF de 62 ans qui « est sorti de la rue il y a un mois », est retourné sur le bitume pour soutenir ceux qui n'ont « pas eu [sa] chance ». Il se rappelle « les dangers de la rue, l'alcool, la violence, le vol ». Franck, 41 ans et SDF, est arrivé dimanche. Pourtant « solitaire », il s'est joint au groupe quand il a vu les tentes se monter. Des familles arrivent de toutes parts, parfois avec des enfants, armés de sacs de couchage. Amandine, qui « travaille demain », a troqué son appartement douillet pour une tente igloo. Elle parle du « regard des gens », et de « la fatigue. On est debout toute la journée et on ne se réchauffe jamais. » Jeanne, une riveraine venue soutenir les campeurs, explique : « Nous, on a l'espoir de rentrer chez nous, c'est provisoire. » Martin, 31 ans, livre ses impressions après sa première nuit dehors. « On perd la notion du temps. On doit être les seuls Français à dîner à 18 h 30 ! », ironise-t-il.
L'ampleur de la mobilisation surprend les organisateurs. Jean-Baptiste, l'un d'entre eux, raconte avoir vu des Parisiens arriver avec leur propre tente. « Le camp grossit, il y a une dizaine de tentes en plus ce soir », racontait-il hier. Il compte tenir « tant que des citoyens viendront nous rejoindre ».
Magali Gruet
*www.lesenfantsdedon quichotte.com