Eric Raoult, maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis), à la sortie du tribunal correctionnel de Bobigny, jeudi 7 février 2013, où il comparaissait pour violences conjugales.
Eric Raoult, maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis), à la sortie du tribunal correctionnel de Bobigny, jeudi 7 février 2013, où il comparaissait pour violences conjugales. - Alexandre Gelebart / 20 Minutes

William Molinié

Volontiers «grande gueule» sur l’estrade politique, l’ancien ministre de la Ville Eric Raoult s’est présenté comme un simple justiciable ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis), où il était jugé pour violences conjugales. Il est accusé d’avoir «giflé» et «bousculé» son épouse, qui était son assistante parlementaire, à plusieurs reprises entre décembre 2011 et octobre 2012.

Les juges ont diffusé à l’audience trois conversations audio qui ont été enregistrées sur un téléphone portable par sa femme, Corinne Raoult, après plusieurs disputes. Pour le président du tribunal, l’un des enregistrements signe un «aveu implicite». Dans la conversation, l’on entend son épouse se plaindre des gifles que lui aurait infligées l’ex-député. «Il va falloir t’y habituer. Chaque fois que tu iras trop loin, tu en recevras une», lui répond une voix d’homme, qu’Eric Raoult reconnaît être la sienne. «Mais je ne suis pas dans un état normal. Ça donne l’impression que je suis drogué», nuance-t-il.

Climat de disputes

A la barre, le maire du Raincy (Seine-Saint-Denis) s’est défendu d’avoir «levé la main». «Je confirme que je ne l’ai jamais frappée», a-t-il juré, reconnaissant un climat de disputes récurrentes, notamment à cause de l’attitude de sa femme avec qui il était en train de se séparer. «Parfois, elle était habillée d’une manière très provocatrice. Quand un jeune vient vous dire “Putain, elle est bonne, ta femme”, ça surprend. La femme d’un maire n’est pas une personne comme les autres!», justifie-t-il.

De son côté, Corinne Raoult est revenue sur plusieurs de ses déclarations, minimisant les accusations qu’elle avait portées à son encontre. D’ailleurs, elle a estimé devant le tribunal qu’une des scènes de violence était à «mettre sur le compte l’accident vasculaire cérébral» d’Eric Raoult, survenu en janvier 2012. «Il ne contrôlait pas ses gestes et ne coordonnait pas ses membres avec son cerveau, à cause de l’AVC», explique-t-elle, soutenant être aujourd’hui dans un «esprit d’apaisement».

«Premier stade de la violence conjugale»

Pour le procureur de la République, la culpabilité d’Eric Raoult ne fait pas de doute. Il estime par ailleurs que les déclarations de sa femme, qui ont «toujours été constantes» devant les policiers, sont «authentiques». Elle «couvre aujourd’hui son mari [en raison] d’une forme de culpabilité», argue-t-il.

Le procureur requiert trois mois de prison avec sursis, en guise d’«avertissement». Car selon lui, «ces faits ne sont pas d’une gravité extrême mais on est au premier stade de la violence conjugale». Le jugement a été mis en délibéré au 21 février.